Di sak na pou di

Quel avenir voulons-nous pour nos enfants ?

Témoignages.re / 9 novembre 2012

Un jeune garçon de 16 ans vient de perdre la vie dans des conditions insoutenables. Son exécuteur, un autre jeune de son âge. Notre société pourra-t-elle supporter encore longtemps ce qui est devenu absolument insupportable ?

Mais ne vous inquiétez pas. Tout a été mis en œuvre pour que cette atroce tragédie soit vécue de la façon la moins traumatisante possible pour ceux et celles qui côtoyaient quotidiennement cette jeune victime : ses ami(e)s, ses camarades, ses condisciples, ses enseignants. Soyons rassuré(e)s, toutes les dispositions sont prises pour accompagner et encadrer toutes ces personnes. Les plus hautes autorités de l’État, jusqu’au ministre, toutes se sont émues de cette tragédie qui endeuille notre société, qui plonge une famille dans une intolérable souffrance, un père, une mère, dans un gouffre incompréhensible de désespérance.

Allons-nous continuer à pleurer, à crier, à nous lamenter, à nous révolter contre ces abominations qui peuplent notre quotidien de cauchemars ? Allons-nous nous contenter de tenter de réparer après coup ce qui est irréparable ?

Nous pouvons continuer comme cela. Nous donner bonne conscience en compatissant sur l’intolérable douleur des proches. Continuer à penser qu’il y a des problèmes absolument prioritaires qu’il faut régler dans l’urgence : la mise en place de salles de shoot, la distribution sans accompagnement sérieux et réfléchi de pilules à nos gamines, la banalisation des IVG, le travail de sape précipité d’une institution comme la famille qui mériterait un meilleur traitement, la liste n’est pas exhaustive.

Notre société est en train de se déliter, de se désagréger, parce que les décisions sont prises hâtivement sans en référer préalablement des experts qui pourraient apporter un certain éclairage nécessaire pour éviter des dégâts. Notre société mérite plus de considération.

S’il vous plaît, laissons aux économistes le soin de s’occuper d’économie, aux pédagogues de pédagogie, aux bâtisseurs de la construction de logements, etc., etc., mais ayons l’humilité de laisser aux experts, sociologues, anthropologues, psychologues, chercheurs en sciences humaines de s’occuper de tout ce qui touche à l’être humain, l’homme, la femme, dans sa dimension existentielle d’être de relation. Et pourquoi pas faire confiance au bon sens et à l’expérience de ces personnes qui accompagnent depuis des années ces familles en grande difficulté ? Nous pouvons améliorer les conditions de vie, faire de grands projets structurants, protéger les territoires, le patrimoine naturel, etc., etc., si nous omettons de nous occuper de l’humain, à quoi cela servira-t-il ?

Joshua, 16 ans, est définitivement parti. Nous sommes profondément tristes, nous sommes tous et toutes douloureusement affecté(e)s. Qu’avons-nous fait pour éviter ce drame ?

Samuel, 17 ans à peine, est en prison. Sa vie à lui est aussi gâchée définitivement. Qu’avons-nous fait pour ce garçon qui semble avoir lancé des appels au secours depuis plusieurs années. Quelle responsabilité pèse sur sa famille au sein de laquelle il n’a rencontré, au su et au vu de tous, que de la violence ? Nous n’avons aucun droit de les juger, mais force est de constater qu’à notre connaissance, aucune mesure d’accompagnement n’a été proposée à cette famille connue pour être en grande souffrance.

Nous pouvons continuer à nous rassurer en estimant que personne ne pouvait rien faire, mais attendons-nous hélas à revivre d’autres drames de ce genre avec d’autres Joshua, d’autres Samuel, ou d’autres jeunes comme ce garçon de 18 ans qui a mis fin à ses jours, comme le relatent également les « faits divers » des journaux de ce même jour.

Notre société va dans le mur. Des bonnes volontés tirent la sonnette d’alarme. Seront-elles écoutées ou alors considérées avec condescendance et mépris comme de pauvres esprits par certains de nos décideurs ? Allons-nous continuer à assister passivement aux drames qui se déroulent sous nos yeux, mais qui, comme chacun le sait, ne concernent que les autres ?

Thérèse Baillif


Kanalreunion.com