Di sak na pou di

Recherche ou clientélisme ?

Témoignages.re / 19 juillet 2010

On apprend que pour résoudre la question de l’illettrisme, la Région Réunion et la préfecture ont confié à un ancien doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines le soin d’organiser un colloque. Peu importe son nom. Le citer n’aurait aucun intérêt. Ce que nous critiquons ici, en effet, ce n’est pas une personne mais une manière d’être et de penser : égoïste, sans souci de l’intérêt général, multipliant les courbettes et se soumettant à l’ordre établi.

Sur la forme : pourquoi ce colloque se tient-il à Rodrigues ? Pour aller battre un carré ou pour dépenser l’argent public sans être soumis à une quelconque évaluation ?

Sur le fond : qu’est ce qu’un colloque de plus va nous apprendre ? Y entendra-t-on celles et ceux qui sont les plus concernés : les illettrés ? On en doute beaucoup. Ce n’est pas le genre de nos universitaires.

Seule l’INSEE fournit aujourd’hui, de manière régulière, des indications sur notre société. Elle occupe la place que devrait occuper un laboratoire de recherche sociologique. Mais des chiffres restent des chiffres. Qu’apprenons-nous du quotidien de ces personnes ? Parler d’une société seulement en chiffres — tant de ceci, tant de cela : chômeurs, victimes de violence…— fait partie intégrante d’une manière de penser qui marginalise l’humain, le vécu, la perception. Ne faudrait-il pas lancer une grande campagne de collecte de témoignages pour comprendre comment on devient illettré, comment cela se transmet, quel est le quotidien d’un illettré…

Mais n’oublions pas que nous n’avons pas de Département de Sociologie à La Réunion et que de jeunes diplômés en sociologie ont été systématiquement écartés du recrutement. Ce sont les Sciences de l’Éducation et Info-Com qui occupent la place de disciplines comme la sociologie des idées, la sociologie culturelle, la psychologie, l’anthropologie des idées. Évidement, pas d’études postcoloniales. Devons nous supposer que nos universitaires suivent la position de certains "métropolitains" qui s’opposent au postcol au nom d’arguments totalement confus et, surtout, très idéologiques ?

Revenons à l’illettrisme : autour de 100.000/120.000 illettrés à La Réunion. Lors des États généraux des Outre-Mer, une comparaison de chiffres avait été faite : 14% d’illettrés à la Martinique, 17% dans le Nord Pas de Calais, 19% en Picardie et 21% à La Réunion. Comment expliquer ces chiffres ? Aucune explication claire n’avait été avancée sans doute aussi parce que cela n’est pas si simple. Des expériences ont été menées dans des situations très différentes avec d’abord, comme souci, de comprendre pourquoi et comment on devient illettré. La situation n’est pas nouvelle à La Réunion : on dispose de chiffres mais la réalité quotidienne, qu’en savons-nous ? Commencer de manière humble et pratique avant de convier une nouvelle fois des universitaires à se réunir en colloque.

Des chiffres, quelle réalité ?

Une enquête INSEE (heureusement encore que ses enquêteurs sont là pour nous fournir des informations sur notre société !) nous donne des chiffres qui font réfléchir. Ce qui se dégage en effet, c’est un réel écart entre ceux qui font des études dans l’hexagone et ceux qui font des études à La Réunion, ainsi qu’entre ceux appelés "métropolitains" et les Réunionnais.

INSEE : "Les personnes arrivées à La Réunion depuis cinq ans sont, pour une bonne moitié, des Métropolitains et, pour un quart, des Réunionnais de retour dans leur île. Parmi les nouveaux arrivants, le groupe principal est celui des personnes nées en France métropolitaine, au nombre de 25.000".

Pourrions-nous en savoir plus ? Pourquoi viennent-ils ? Quels métiers font-ils ? Plutôt des hommes ? Des femmes ? En famille ? De quels réseaux bénéficient-ils ? Où vivent-ils ? Que savent-ils du pays où ils arrivent ? Rencontrent-ils des difficultés comme en rencontrent les Réunionnais qui vont dans l’hexagone ?

Pour les discriminations, cela ne doit pas être le cas, car "63 % des arrivés récents natifs de métropole âgés de 25 à 34 ans sont diplômés du supérieur, contre 55 % de l’ensemble des résidents natifs de métropole du même âge". On peut supposer que ces gens ne rencontrent pas de grandes difficultés et même occupent des postes de décisions.

D’ailleurs : "Le taux d’emploi des nouveaux arrivants métropolitains atteint 78% chez les 20-59 ans et 62,5% pour les femmes. Une partie de l’immigration métropolitaine est en effet une immigration par contrat : les hommes arrivent en ayant déjà un emploi, tandis que leurs épouses sont moins souvent dans ce cas et doivent chercher un travail localement".

Alors que des enquêtes sont lancées, des mémoires et des thèses soutenues sur les différences culturelles réunionnaises, leurs réseaux, leurs pratiques, pourrions-nous en savoir plus sur ces nouveaux « arrivants » ?

Collectif La Fournaise


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