Di sak na pou di

Refonder la République

Courrier des lecteurs de Témoignages / 16 janvier 2015

Avec une semaine de recul, que pouvons-nous faire devant la barbarie ? Les cinq points ci-après me semblent essentiels, avant de redouter ce que nos gouvernants, en lois liberticides, peuvent imaginer, ayant l’appui d’une communauté nationale digne et recueillie, mais dont les motivations ne sont sans doute pas les mêmes.

1°) D’abord répéter notre compassion envers les familles des désormais 17 victimes des tueries qui ont secoué la France ces trois derniers jours. Aussi bien des civils pris en otages, des policiers tués froidement, que des compagnons de combat, des frères d’idées.

2°) Ensuite ne pas se laisser emporter par des torrents de haine. Le vocabulaire martial ne sied pas. Pas plus que les mots comme terroristes, car il ne saurait y avoir de terreur. Il s’agit d’assassinats sans motifs religieux, Dieu n’ayant pas besoin de porte-paroles criminels. Non. Leur motivation est évidemment politique : il s’agit de faire taire. Voilà pourquoi ils s’en prennent aux journalistes et aux correspondants. Voilà pourquoi ils ne vivent que de provocations, pour déclencher une haine qu’ils ne feront qu’exploiter pour mieux nous diviser.

3°) Puis comprendre. Charlie rend plusieurs missions : étendard d’une liberté d’expression, de conscience, il défend aussi le droit de ne pas avoir de religion. À l’instar de la majorité des Français. Et en France, nous sommes bien armés pour défendre ces libertés : de conscience, comme le dit l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, d’expression comme le relate l’article 11. Cette Déclaration est le fruit des Lumières, fruit de deux cents ans de lutte, depuis le Massacre de la Saint-Barthélemy jusqu’à la Révolution. Comprendre pour mieux montrer du doigt les lâches assassinats comme les stupides attaques d’édifices religieux en représailles, au nom de je ne sais quelle vengeance.

4°) Protéger notre liberté. Seule notre unité républicaine peut le faire. Pour lutter contre nos peurs : peur des journalistes de ne plus pouvoir exercer leur métier, peur de chacun d’entre nous de ne plus pouvoir vivre en sécurité, peur de ceux qui veulent nous diviser, nous trier, nous communautariser, alors que notre République est une et indivisible. Charlie n’a pas peur, puisque il récidive dans la caricature du prophète, dès le lendemain des attaques dont il a fait l’objet. Et cette récidive n’est pas une défiance, c’est la traduction du : « Non, nous n’avons pas peur ».

5°) Enfin nous unir dans la citoyenneté, la fraternité républicaine, et dans l’amour des trois mots de notre devise, au fronton de tous nos bâtiments publics. La Liberté, qui ne se décrète pas, et ne peut que se défendre. L’Egalité, qui, elle, se décrète, et est donc défendue par le législateur. La Fraternité, qui ne se défend ni ne se décrète, mais qui se vit : c’est ce qui nous a rassemblé dimanche. Dans cette seule fraternité républicaine, nous puisons notre force pour défendre notre Liberté.

Voilà pourquoi nous n’aurions pas participé à une manifestation voulue comme un mot d’ordre partisan.

Voilà pourquoi la récupération politique est indigne, qui plus est lorsqu’elle est représentée par d’authentiques dictateurs étrangers venus battre le pavé parisien sans vergogne, et toute honte bue.

Voilà pourquoi, en tant qu’associatif, nous avons suivi le mot d’ordre syndical de l’UNEF et du SNJ.

Voilà pourquoi, dans notre travail associatif, nous n’aurons de cesse de pratiquer une éducation populaire, relayant entre autres ce qui se dit : pour vaincre nos peurs, divulguer ces paroles de paix civile dans la laïcité, éduquer, aider à comprendre.

Car la peur est mauvaise conseillère, elle ne cherche qu’à diviser. Mais nous aurons le dernier mot, ils n’ont aucune chance de gagner tant que nous ne grossirons pas leurs rangs par des mots inspirés par la crainte de l’autre, des mots inconsidérés. Dans notre Liberté défendue, notre Egalité voulue, notre Fraternité vaincra ! Dans cet esprit, nous refonderons la République.

Bruno Bourgeon, président d’AID


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