Di sak na pou di

"Réforme des Rythmes scolaires" ou Municipalisation de l’école ?

Témoignages.re / 18 février 2013

La contestation de la réforme des rythmes scolaires n’en finit pas d’enfler, à tel point qu’en plus haut lieu, une crise commence sérieusement à poindre sur le sujet. La méthode Peillon du passage en force est de plus en plus décriée et les soutiens se font de plus en plus rares.
Non seulement, le ministre Peillon a réussi le tour de force de se mettre à dos le monde éducatif plutôt bienveillant initialement à son égard, mais il doit aussi affronter la grogne des élus locaux (toutes tendances politiques confondues) qui l’accusent de mener une réforme précipitée, bâclée, brouillonne et sans moyens financiers d’accompagnement

L’annonce soudaine d’une baisse des dotations des collectivités de 3 milliards d’euros a même douché les plus enclins à porter cette réforme comme le maire de Lyon.
La cure d’austérité renforcée est en effet difficilement compatible avec les couts financiers importants induits par la Réforme Peillon. L’équation qui consiste à imposer aux municipalités de nouvelles charges financières alors que leurs recettes vont drastiquement diminuées est pour le moins difficilement soluble et ne suscite pas l’enthousiasme, loin s’en faut !
À La Réunion, comme en métropole, les municipalités (très majoritairement) s’orientent vers la non-application de la réforme en 2013. C’est la preuve, si besoin est, du caractère brouillon, précipitée et imposée de cette réforme menée d’ailleurs sans la moindre concertation
Nous le répétons, donner la charge de l’encadrement des élèves aux municipalités, c’est renforcer le désengagement financier de l’État, et par là même produire des inégalités territoriales en matière d’offre éducative

La CGTR Éduc’action affirme qu’aucune réforme des rythmes scolaires allant dans le sens des intérêts de l’enfant n’est possible dans le cadre de l’austérité budgétaire
sous couvert de réformer les rythmes scolaires, il s’agit en réalité d’amorcer la municipalisation de l’école dans le cadre de l’acte 3 de la décentralisation. Le reste, c’est de l’enfumage !
D’ailleurs, le ministre l’a rappelé : « la réforme des rythmes scolaires doit agir comme un levier pour faire évoluer l’école autour d’un projet éducatif territorial… ».
Tout est dit !
Concrètement, cela signifie que l’école ne serait plus de la compétence exclusive de l’État. Dans un premier temps, trois heures hebdomadaires seraient placées sous la responsabilité des collectivités avec le Projet éducatif territorial (PET).
Les enseignants refusent que certains enseignements sortent du cadre national et soient dévolus aux municipalités sous prétexte d’instaurer un Projet éducatif territorial (arts plastiques, musiques, EPS, langue étrangère, informatique...).
Dans les faits, ce mélange des responsabilités d’instruction et d’animation aboutirait à une école « territorialisée », aggravant l’inégalité du droit des enfants à l’instruction et amorçant la tutelle pédagogique des collectivités locales sur l’enseignement et les professeurs, encourageant l’externalisation de disciplines scolaires au périscolaire

L’éducation nationale doit rester nationale. Non à sa municipalisation !
Comme l’a souligné à juste titre la FCPE 974 qui dénonce une instrumentalisation des rythmes scolaires « bâclée, cette réforme semble préparer de façon inavouée une territorialisation de l’école d’ailleurs inscrite dans son projet de loi d’orientation ».
À l’évidence, qui peut penser que le seul étalement de la semaine scolaire sur 4,5 jours permettrait la réussite des élèves en difficulté ?
Une réflexion globale est nécessaire pour la réussite de tous les élèves : pour répondre aux enjeux essentiels, il faut vraiment repenser les programmes que d’aucuns reconnaissent comme trop lourds et inadaptés, restaurer les moyens pour notre réseau d’aide aux enfants en difficulté (RASED), décimé ces dernières années et alléger les effectifs d’élèves par classe.
À propos de sa réforme, le ministre Peillon a fini par se flageller publiquement en reconnaissant son caractère de « tâtonnement expérimental » qui nécessairement produira « des choses approximatives ».
Alors, monsieur le ministre, soyez sage et responsable, avaler votre égo, retirer votre décret et prenez le temps de la concertation avec tous les acteurs pour une réforme pensée, partagée, ambitieuse allant dans le sens des intérêts de l’enfant.
Nous voulons plus que tout que les choses changent… mais dans le bon sens.

P/la CGTR Éduc’action
Patrick Corré


Kanalreunion.com