Di sak na pou di

Réforme territoriale : un montage Ikea…

Témoignages.re / 13 août 2014

Avec un humour typiquement belge, le journal « Le Soir » invite ses lecteurs à décoder dans un esprit critique le mécano de « leur » réforme territoriale, par ailleurs plus démocratique et décentralisatrice que la notre. Nos départements arriveraient peut-être à y comprendre quelque chose en essayant Ikea.
L’Association pour la démocratie locale à La Réunion et dans l’Océan Indien (Adelroi) n’avait pas manqué, depuis l’ère Sarkozy jusqu’à l’ère Hollande, d’appeler à sortir d’une décentralisation confisquée, en invitant à réformer d’urgence l’exception réunionnaise, produite par un amendement spécifique de l’article 73 de notre constitution. Qu’en dira François Hollande ?
La pensée de Jean Jacques Rousseau résonnera-t-elle à ses oreilles quand il viendra chez nous : « Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non des maîtres ; il obéit aux lois… et c’est par la force des lois qu’il n’obéit pas aux hommes ».
Autrement dit, la réforme qu’il va nous présenter (non encore définitivement arrêtée par la loi) relève-t-elle d’une nécessité politique ou bien d’un savant calcul politicien ?
La pantalonnade des découpages des régions dans sa nouvelle version de décentralisation centralisée rappelle, selon Hervé Le Bras (historien et démographe) « qu’on ne peut pas faire entièrement confiance à des avocats et des énarques, fussent-ils de la promotion Voltaire » (dans « Le Monde » du 6 juin 2014).
C’est l’un des plus vieux serpents de mer de la République charrié depuis un bon siècle et demi : un statut consensuel issu du bigbang révolutionnaire de 1789 bâti autour de petits arrangements locaux, justifiés aujourd’hui par le seul souci d’économies urgentes qui, en fait, ne seraient efficaces que dans six mois…
Michelet, dans son « tableau de la France » l’a exprimé avec clarté : « La vertu d’action est aux extrémités ; l’intelligence est au centre : le centre qui se sait et sait tout le reste… ».
« l’Etat se mettant en position d’être Suprême, omniscient et impartial, qui garantirait à la nation son intégrité et son destin » selon Anne Marie Thiesse (dans le même numéro du journal « Le Monde »).
Depuis dix ans, nous avons rappelé, à temps et à contre temps, l’article 14 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen : « Tous les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la qualité, l’assiette, le recouvrement, et la durée ».
Ce principe est bafoué depuis l’acte II de la décentralisation, et notre gouvernement a renoncé à un acte III novateur, devant conjuguer ce qui descend du sommet de l’Etat et ce qui monte du peuple responsable.
Est-ce le bon moment pour accroître la distance entre élus et citoyens aux prises avec leurs difficultés quotidiennes par une réduction unilatérale de 22 à 14 régions, au mépris des fortes dynamiques régionales existantes ? « Sa » carte conçue sur le principe d’une totale uniformité des territoires, est largement contestée et contestable tant au niveau social que culturel. Locke, contemporain de Jean Jacques Rousseau et Condorcet, appelait à « corriger l’arythmie de l’appel aux urnes en faisant du peuple dormant le géant prêt à bondir ».
Des médias annonçant la venue reportée de notre Président les 21 et 22 août prochain traduisent l’état d’esprit consternant de nos représentants qui, disent-ils, vont pouvoir « ressortir leurs doléances des tiroirs ».
Nous observons que, pour la majorité des élus de droite ou de gauche, la « gouvernance », c’est de faire fonctionner leur machine, en contradiction avec la définition donnée en 1970 par le fondateur de ce terme, Stone, après avoir observé les pratiques de la ville d’Atlanta, en la concevant comme « des avancements informels par lesquels les pouvoirs publics et les intérêts privés fonctionnent ensemble dans une expérience partagée entre acteurs »… donc à la fois ascendante et descendante. A bons entendeurs, salut !

Marc Vandewynckele


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