Di sak na pou di

Requiem pour les requins de La Réunion ?

Témoignages.re / 22 juillet 2013

Sea Shepherd prend acte de l’ordre du tribunal administratif et attend la réponse de la Préfecture. D’ici là, il convient de rappeler quelques points d’une réalité éco systémique qui reste inaudible dans la cacophonie ambiante, mais dont la contestation est un déni de réalité.

Pour résoudre la crise qui frappe La Réunion, il faut des solutions radicales. Et dans radicale, il y a “racine”. Il s’agit donc de prendre le mal à la racine et de cesser de réagir aux symptômes que sont les accidents.

Jusqu’ici, les autorités n’ont été principalement capables que de solutions placebo en s’attaquant aux symptômes.

La plupart des accidents qui ont eu lieu auraient pu être évités. Le dernier en date pose particulièrement question. Comment est-il possible qu’un endroit aussi connu pour sa dangerosité que l’est la baie de Saint Paul n’ait pas été très clairement indiqué ? Particulièrement dans le contexte qui est celui de La Réunion. Il s’agit là d’un manquement grave à la prévention en amont des accidents.

Pour que des battues de requins aient un impact, il faudra exterminer systématiquement TOUS les requins qui s’approcheront des côtes ; La Réunion étant une île ouverte vers l’océan, cela signifie la mise en place d’un plan d’extermination de ces prédateurs dont les populations mondiales sont en chute libre. Ces pêches ont déjà lieu, soit encadrées par l’État, soit à titre privé, et elles nécessitent une débauche de moyens, grâce notamment à des palangriers hydrauliques utilisant des centaines d’hameçons : pourtant interdits à la pêche commerciale prêt des côtes ! Il faudra compter aussi toutes les espèces “prises accessoires” qui seront tuées et dont le nombre sera sans conteste très largement supérieur à celui des requins tués. À noter qu’une opacité entière règne à ce sujet, hormis la raie guitare (espèce menacée et inoffensive) massacrée lors de la dernière battue, aucune information n’est communiquée ou rendue accessible. 

En effet, pêcher quelques individus (d’ailleurs de combien parle-t-on ? 10, 20, 100, 300 ???) ne servira à rien, si ça n’est donner une dangereuse illusion de sécurité et ternir encore davantage l’image de l’île. Sea Shepherd demande d’ailleurs à ceux qui préconisent cette solution, en propageant la psychose, de chiffrer ce seuil de requins morts utiles selon eux à leur "sécurité". Les autorités ont tout intérêt à écouter les conseils avisés des scientifiques qui martèlent, que les battues n’ont qu’une fonction psychologique. Le seul effet est de calmer certains esprits échauffés en leur donnant une réponse immédiate. Mais à quel prix se fait ce marchandage de la paix sociale ??

Non seulement livrer ces animaux à la vindicte pose un grave problème éthique, mais surtout, il envoie un message inquiétant dans un État de droit : ceux qui crient le plus fort, qui menacent, insultent et diffament ONGs et scientifiques et élus, finissent par obtenir gain de cause auprès de l’État. Est-ce là le message que les autorités veulent faire passer ??

Enfin, La Réunion va-t-elle devenir cette île où on extermine les requins, prédateurs naturels des océans, pour les loisirs nautiques ? Est-ce là une image qu’elle souhaite renvoyer au monde dans un contexte global où la conscience écologique devient un critère de plus en plus important dans le choix des destinations touristiques ?

Sea Shepherd France


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