Di sak na pou di

Requins à La Réunion : Sea Shepherd répond au président de la Fédération française de Surf

Témoignages.re / 14 mai 2013

Monsieur Arasus, vous vous trompez.

Monsieur Arasus, vous vous trompez quand vous affirmez que les requins à La Réunion cantonnent leur présence à la côte Est. Comme partout ailleurs, les requins de La Réunion se déplacent sur de vastes territoires et le programme réunionnais de recherche scientifique CHARC l’affirme en se basant sur des bases de données sérieuses.

Monsieur Arasus, vous vous trompez en jouant les cassandres et en affirmant qu’un baigneur sera un jour victime. Cela est peu probable, car chaque fois depuis 2011, les drames se sont produits alors que les conditions de mer ne permettaient pas aux baigneurs de se mettre à l’eau ; d’ailleurs, les drapeaux des postes de surveillance étaient à chaque fois rouge ou orange.

Monsieur Arasus, vous vous trompez lorsque vous affirmez qu’il y a une surpopulation de requins à réguler. Aucune étude ne corrobore vos affirmations qui ne reposent que sur les dires des chasseurs sous-marins et quelques pêcheurs qui ont un conflit d’intérêt direct avec la Réserve nationale marine de La Réunion. Réserve qu’ils accusent d’être responsable des morts récentes et qu’ils veulent pleinement réinvestir. Cette Réserve nationale marine est en réalité la meilleure chance d’un retour à l’équilibre qui bénéficierait à tout le monde, y compris aux surfeurs. En effet, si l’on veut un jour voir revenir et maintenir des requins de récifs — compétiteurs de niche des requins bouledogues et inoffensifs pour l’Homme —, il est indispensable que leurs proies naturelles — qui ont été sur-pêchées — reviennent et que leur habitat fragile, pollué et vidé de sa biodiversité, puisse se reconstituer.

Monsieur Arasus, vous vous trompez en affirmant que toute activité humaine est interdite dans l’espace de la Réserve marine de La Réunion. En effet, 50% de sa surface est ouverte à la pêche professionnelle et/ou de loisir.

Monsieur Arasus, vous vous trompez en affirmant qu’il faut pêcher les requins. Jamais la pratique de pêches punitives ou préventives n’a démontré la preuve de son efficacité. Là encore, aucune étude ne corrobore vos propos. Par contre, les études montrent qu’en éliminant quasi totalement une population de requins sur un secteur, là on observait une diminution des accidents, pas la disparition, mais une diminution. L’Australie qui emploie des méthodes létales contre les requins reste pourtant un des endroits les plus risqués au monde. Est-ce là votre projet pour tenter de sauver votre sport : éradiquer les requins côtiers de La Réunion ? C’est bien de cela qu’il s’agit, car si vous entendez réduire le risque d’attaques en « régulant les populations de requins », les résultats ne seront concluants que lorsque le dernier requin bouledogue aura été « prélevé ».

Monsieur Arasus, vous vous trompez en pensant que le salut de votre sport à La Réunion est compatible avec l’élimination des requins côtiers et de la Réserve marine de La Réunion. Car l’image d’une île touristique ne se limite pas à la pratique d’un sport, surtout lorsque cette île affiche l’ambition d’être un exemple de développement durable et la vitrine d’un écotourisme d’avant-garde. La Réserve marine apporte bien des retombées économiques — dont le potentiel est encore en développement — et qui pourraient cruellement pâtir de vos ambitions.

Monsieur Arasus, vous vous trompez en affirmant qu’aujourd’hui, le surf est mort à La Réunion. Il reste praticable dans la limite imposée par les conditions que l’on sait propices à la prédation accidentelle de grands requins comme le bouledogue. La restauration d’un écosystème local sain et équilibré auquel la Réserve marine que vous fustigez contribuera ne fera qu’améliorer les conditions générales pour tout le monde. Contrairement à ce que vous dites, la mer ne se définit pas principalement comme le terrain de jeu de vos licenciés. Avant cela, elle est surtout le dernier espace naturel sauvage et un patrimoine mondial de l’humanité. A ce titre, elle doit être conservée et préservée même si vous avez — à tort — le sentiment que cela empiète sur vos intérêts personnels.

Enfin, vous n’êtes pas sans savoir, Monsieur Arasus, que votre Fédération ne saurait en aucun cas se présenter comme un porte-parole représentatif de la communauté du surf, l’immense majorité des surfeurs ayant choisi de ne pas faire partie de vos licenciés. Nombreux sont les surfeurs qui s’insurgent de vos prises de positions, mais vos propos n’en portent pas moins préjudice à l’image de l’ensemble des surfeurs, bien au-delà de vos rangs. Par conséquent, vos propos ne stigmatisent pas que les requins, mais aussi les surfeurs dans leur ensemble. 

Gardez à l’esprit, Monsieur Arasus, que puisque vous êtes malgré tout le premier représentant de votre sport, vous vous devez — par respect pour tous ceux que vous représentez malgré eux — de vous en tenir aux faits avérés, scientifiquement établis, et de cesser de diffuser un message aussi critiquable qu’infondé. Vous avez le devoir de respecter les programmes de protections étatiques qui sont les seuls garants de la pérennisation et de la restauration d’un écosystème et d’un biotope côtier très fortement dégradé et sur la voie d’un déclin qui serait bien plus dramatique que la crise actuelle pour l’avenir de La Réunion. 

Sea Shepherd Réunion pour Sea Shepherd France


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