Di sak na pou di

Retraites : la démocratie française en berne !

Témoignages.re / 22 novembre 2010

Rarement dans l’Histoire du mouvement social une réforme a été autant controversée que celle des retraites qui vient d’être promulguée par le président, après un parcours social et législatif plus que tumultueux. L’usage des forceps a été nécessaire à chaque étape du processus.
À l’Assemblée nationale, le projet de loi a été adopté au prix de l’interdiction du temps de parole autorisé aux députés de l’opposition pour défendre leurs amendements.
Au Sénat, vote bloqué sur plus de 400 amendements présentés par l’opposition.
Le tout sous la pression de l’Élysée, dans une course effrénée contre le mouvement social : des millions de manifestants sans relâche dans la rue pendant plus de 6 mois, un mouvement social sans précédent par sa durée et son ampleur avec des blocages de secteurs clés de l’économie.
La Réunion a pleinement participé à cette mobilisation avec notamment plus de 15.000 manifestants à Saint-Denis et Saint-Pierre le 7 septembre 2010.
Depuis le début du conflit, plus de 70% de la population soutient l’action des syndicats et s’oppose à cette réforme. La seule réponse apportée à la demande d’ouverture de négociations a été la répression dans les manifestations, la provocation policière.
Moins d’une heure après l’avis du Conseil constitutionnel, la loi a été promulguée une fois de plus dans la précipitation par le président, soucieux de passer très vite à autre chose et d’amuser la populace avec le feuilleton du remaniement. Malgré la débauche de moyens de communication déployés, le gouvernement n’a jamais réussi à convaincre du bien-fondé de sa réforme. De toute évidence, les syndicats ont gagné la bataille des idées.
La légitimité de cette loi est aussi très discutable : d’une part, elle n’était absolument pas intégrée au programme du candidat de 2007. On se souvient qu’au contraire il jurait la main sur le cœur qu’il ne toucherait pas à l’âge légal de la retraite à 60 ans, et ses électeurs ne l’ont pas porté au pouvoir pour faire ça ; d’autre part, cette réforme est profondément injuste, car dans une France où la richesse (PIB) n’a jamais été aussi élevée, générant des profits exorbitants pour les multinationales du cac40, le financement des retraites ne reposera que sur la seule contribution des salariés (âge légal retardé, durée de cotisation allongée...), alors qu’il est évident que d’autres solutions de financement sont possibles pour pérenniser notre système de protection sociale. La réforme imposée n’offre aucune garantie dans la durée.
D’un bout à l’autre du processus, l’adoption de cette loi a présenté toutes les caractéristiques du passage en force, au mépris de l’expression populaire, dans la rue ou dans les assemblées représentatives.
La démocratie française cède visiblement la place à une forme d’autocratie des plus détestables, avec tous les pouvoirs concentrés entre les mains d’un seul homme à la botte des plus puissants, parlement et représentants du peuple totalement muselés, grands médias nationaux inféodés, contrôlés et censurés. C’est bien l’expression de la représentation populaire sous toutes ses formes qui est mise sous l’éteignoir, méprisée, ignorée et réprimée.
Mais le citoyen français n’est pas soumis.
L’issue de ce conflit majeur ne doit générer ni découragement ni résignation. Il doit au contraire renforcer notre volonté à tous de nous mobiliser pour en finir avec cette politique de démantèlement des acquis sociaux, cette politique téléguidée par le MEDEF pour enrichir toujours plus les riches et précariser le monde du travail.

Pierrick Ollivier
Le secrétaire départemental de la CGTR-Finances publiques


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