Di sak na pou di

Retraites : réforme oui, escroquerie non !

Témoignages.re / 20 octobre 2010

Sous prétexte que la part des retraites dans le produit national augmentera de 7 points en 2050 ; les boîtes de Com du président et les pleureuses du MEDEF nous prédisent une catastrophe monumentale, une faillite imminente ! Il faudrait, à les entendre, travailler jusqu’au bord du cercueil, pour sauver nos retraites !
On peut, entre autres, déjouer la propagande mensongère du gouvernement en consultant les publications d’universitaires ! Certains et pas des moindres : des professeurs, des docteurs chargés de recherche en économie et sociologie (1) démontrent qu’une autre réforme des retraites plus juste, plus efficace est possible… Cela met en rage notre président et ses idéologues déguisés en “experts” qui occupent les médias.
Faute d’argument, ils ne savent que manier l’insulte : démagogues, irresponsables, extrémistes, et même conservateurs… ça, il fallait oser ! Mais que disent ces universitaires ?
Ils constatent d’abord qu’aujourd’hui, la part des retraites représente 13% d’un produit national de 1.907 milliards d’euros, soit 247 milliards. Il reste donc 1907 - 247 = 1.660 milliards d’euros pour les salaires, les investissements et le capital.
Puis, ils dénoncent la propagande du MEDEF, qui oublie allègrement que même avec une croissance de 1,7 point par an, le produit national double tous les 40 ans en monnaie constante… La preuve ! Le produit national était de 750 milliards d’euros en 1960 ; 1.500 milliards d’euros en l’an 2000… En 2009, malgré la crise, il est de 1.907 milliards ; et il sera de 3.800 milliards d’euros en 2050, même avec une croissance molle.
Ainsi en 2050, même si on consacre aux retraites 20% d’un produit national de 3.800 milliards d’euros, soit 760 milliards, il restera encore 3.800 – 760 = 3.060 milliards d’euros pour les salaires, les investissements et le capital.
C’est limpide ! Nous aurons toujours plus : 1.660 aujourd’hui et 3.060 milliards en 2050.
Alors ! Où est le problème ?
Il suffirait donc d’étaler sur 40 ans les 7 points de dépense supplémentaire pour financer et de façon durable les retraites. Soit, d’après le Conseil d’orientation des retraites, une augmentation des cotisations sociales salariales et patronales de 0,37% par an. Ce qui est loin d’être excessif !
De plus, en instaurant des cotisations sociales sur les revenus du capital à la même hauteur que les revenus du travail… l’augmentation deviendrait insignifiante pour les trois parties : salariés, patrons et tous les rentiers qui s’enrichissent du revenu de leur capital. Personne ne peut croire sérieusement que cela porterait atteinte à la compétitivité des entreprises !
Pour une telle réforme, mille fois oui !
Elle aurait à coup sûr l’accord de la population, car la part supplémentaire du produit national nécessaire pour payer les retraites est dans ce cas répartie équitablement entre tous… Ainsi les gains de productivité profitent à tous…
Or, la réforme Sarkozy réduit l’emploi des jeunes et génère plus d’un million de vieux chômeurs. Elle pénalise particulièrement les femmes et ceux qui ont commencé à travailler tôt. De plus, elle fait porter 95% de la charge aux seuls salariés (la part salariale comprend le salaire direct plus les cotisations sociales patronales). De surcroît, comme je le démontre dans mon livre “Printemps 2015” paru aux éditions Amalthée, c’est une réforme qui porte atteinte au fondement même de la Sécurité sociale. Pour la remplacer sournoisement par un système au profit du lobby des banques et des compagnies d’assurances…
Et le plus révoltant dans cette réforme, ce sont les patrons, les financiers et autres rentiers qui captent à eux seuls les gains de productivité… C’est un racket du monde du travail et un sabotage de la protection sociale… Alors il faut par tous les moyens faire échec à cette escroquerie !

Didier Le Strat

Sources
(1) Bernard Friot, professeur de Sociologie à l’Université Paris X, habilité à diriger des recherches en économie et sociologie. Auteur de “Financement des retraites : l’enjeu des cotisations patronales”, de “Puissance du salariat” (1998) et de “Et la cotisation sociale créera l’emploi (1999)” ed La dispute.
René Passet (professeur d’Économie émérite à l’Université Paris-1 Sorbonne).
“Réforme des retraites : sauvetage ou racket” (21 mai 2003) : Liêm Hoang-Ngoc et Bruno Tinel, économistes, maîtres de conférence à la Sorbonne… Jean-Marie Harribey Michel Husson, etc, “Retraites l’heure de vérité” ATTAC ; Fondation Copernic, voir “Capitalisme et Pulsion de mort” Gilles de Steler et Bernard Maris.
“L’insasiabilité de l’appétit”… “La comédie des fonds de pension”, Jacques Nikonof : ouvrier spécialisé pendant dix ans, J. Nikonov a réussi à intégrer l’école d’administration (ENA)…


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