Di sak na pou di

Réunion, île de pacotille ?

Témoignages.re / 14 juin 2010

Comme on vient de s’apercevoir que l’on ne se nourrit pas de billets de banque, on se précipite tout à coup sur une alimentation de qualité, naturelle et même biologique. Consommer biologique pour rester en vie, consommer local pour préserver la nature et l’emploi, voici le nouveau challenge !

Après avoir été la dernière roue du carrosse, les agriculteurs, seuls véritables producteurs d’aliments, vont bientôt devenir les maîtres du Monde. C’est donc probablement la logique agricole qui, demain, sera la seule capable de mettre à mal la logique financière des marchés mondiaux. Cela a commencé en Norvège il y a quelques décennie. Dans ce pays aux hivers longs et rigoureux, il n’était plus rentable de produire des fruits et des légumes mais les autorités ont estimé qu’une production locale de qualité faisait partie du patrimoine de la nation et qu’il n’était pas admissible de dépendre à 100% de l’extérieur. Les agriculteurs norvégiens sont aujourd’hui très fortement subventionnés et personne n’y trouve à redire. De plus en plus de pays dans le Monde adoptent cette nouvelle logique. Tenter de s’approcher de l’autosuffisance alimentaire va à l’encontre de la loi du marché mondial mais si l’on en juge par le succès des produits alimentaires locaux, bio, écolo, etc. cette loi du commerce mondial a trouvé là sans doute ses limites. Île de pacotille ou île vivante, il va falloir choisir. La France et l’Europe possèdent cette perle rare où l’on peut produire en toute saison presque tous les fruits et légumes du monde, sauront-elles saisir cette chance ? Il ne faut pas rêver, nous dépendons tous les uns des autres, mais pour un Monde un peu plus équilibré, il faudrait que chacun produise au moins de quoi se nourrir lui-même, quitte à échanger le surplus, s’il y en a, avec ses voisins. Cela a peu de rapport avec la politique actuelle qui consiste à produire et à vendre, non pas pour satisfaire des besoins, mais pour gagner le plus d’argent possible. Cette politique financière offensive se sert d’ailleurs du pouvoir de l’argent pour étouffer l’économie des pays les plus fragiles. Et l’on s’étonne que sur cette planète, le nombre de pays pauvres augmente ! Demandez donc aux pays du Sahel, actuellement en pleine détresse alimentaire, ce qu’ils en pensent.

Cette politique de subvention est finalement une lutte non déclarée contre la pagaille du Monde. Nous savons tous que cette politique de subvention n’est pas l’idéal, elle devrait donc être provisoire et disparaître lorsque le Monde sera plus équilibré. On peut toujours rêver.

François Maugis


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