Di sak na pou di

Réunionnais un peuple. Akoz pa ?

Tribune libre

Témoignages.re / 7 septembre 2013

« Existe-t-il un peuple réunionnais ? », telle est la question à l’ordre du jour dans une table ronde réunie par le Marché des associations, au Port, samedi 7 septembre.

Il ne s’agit évidemment pas de répondre par oui ou par non à une telle question fourre-tout. La notion de peuple est fluctuante. Nombreux sont les théoriciens qui ont relevé les variations de ce terme, parfois même pour le disqualifier. On peut le trouver dans la bouche de révolutionnaires, de fascistes, de politiciens démagogues, voire dans la bouche de religieux. Ce qu’il en reste, c’est que tout dépend du contexte dans lequel on veut l’analyser et l’utiliser. Ce que nous pouvons ajouter à cette affirmation, c’est que la notion de peuple soulève des questions d’ordre politique et c’est peut-être là que débutent les points de divergences entre les Réunionnais et les Réunionnaises.

Peu de dirigeants politiques réunionnais se prononcent sur cette notion. La plupart du temps, le personnel politique est frileux dès qu’il s’agit de poser du sens et de confronter ses prétentions de développement aux fragiles fondements de la société réunionnaise. Nous avons affaire à des politiques gestionnaires et peu enclins à être des créateurs de sens et de performance. Réfléchir sur la notion de peuple, c’est s’engager à réfléchir à ce qui peut encore participer à l’éveil de la conscience réunionnaise en qualité d’êtres humains appartenant à un ensemble plus large dans lequel chacun est appelé à contribuer pour l’intérêt de tous. Ce n’est pas une question de population, mais bien celle de peuple, quand bien même il est difficile d’en donner une définition exacte.

On entend parfois dire : « Il n’y a pas de peuple réunionnais, car il n’y a qu’un seul peuple au sein de la République française ». Il semble que cette déclaration repose sur l’association peuple-nation-Etat : dans une démocratie — pouvoir du peuple par et pour le peuple, dit-on —, l’État exerce la souveraineté que lui a déléguée le peuple constitué en nation. Si on se fixe exclusivement sur cette articulation, il n’y a pas de peuple réunionnais. Celui-ci n’est qu’une composante, exotique, ultra-marine, du peuple français. Ne serait-ce pas restrictif ?

Nous ne sommes pas une simple population comptabilisée par des données historiques et démographiques.

Nous ne sommes pas une simple population « outre-mer » recensée comme région française et européenne de l’océan Indien.

Nous ne sommes pas la simple juxtaposition de groupes socio-culturels trop souvent désignés « communautés » et qui seraient des Français de l’ombre.

Serions-nous tellement colonisés pour avoir peur de prétendre au statut de peuple ? Serions-nous si peu responsables pour dénigrer notre propre existence et nous cacher derrière les grilles d’analyse pensées, conçues et mises en œuvre par ceux-là mêmes qui ont conditionné chaque Réunionnais à être dans l’effacement.

S’il est vrai que nous ne répondons pas aux critères classiques qui permettent de nous désigner peuple, nous pouvons en inventer.

Oser être responsables

Précisément, toute discussion sur l’existence — ou non — d’un peuple réunionnais et ses modes d’expression doit tenir compte de la réalité réunionnaise dans sa complexité, car si le travail de définition, de repérage, d’analyse est théorique, l’enjeu est pratique, autrement dit, nous le confirmons, politique, c’est-à-dire à tout moment mobilisateur pour agir ensemble de façon responsable.

Car s’il est vrai que la constitution en Etat-Nation permet d’être représenté dans le "concert des nations", parfois si cacophonique, et d’espérer se faire entendre, l’État n’est pas la seule forme d’organisation des sociétés. Des anthropologues ont analysé des formes d’organisation sociale non étatiques qui semblaient ainsi échapper à la division dominants-dominés. Dans son livre “La société contre l’Etat” (Editions de minuit, 1974), Pierre Clastres montrait comment des sociétés amérindiennes jugées « primitives » échappaient à la violence du pouvoir grâce à l’absence d’État. Et si les Nations-Unies admettent le droit des peuples à l’autodétermination, c’est bien que l’absence de souveraineté n’empêche pas d’être un peuple et d’y aspirer.

Par contre, La Réunion a bien eu affaire à un État, un État colonial, d’abord monarchique, puis républicain. La Réunion est advenue à l’Histoire en satisfaisant les intérêts économiques d’une métropole colonisatrice. L’organisation de son territoire, son peuplement forcé, l’exercice du pouvoir, tout a été pensé et mis en œuvre dans cette perspective de dépendance.

Alors, le peuple réunionnais, où est-il ? Nous retrouvons le problème théorique : comment définit-on un peuple ?

Nous vivons sur une île, autrement dit dans un espace clairement délimité qui, dans sa variété de formes et de paysages, constitue une unité. Cette configuration nourrit sans doute le sentiment largement partagé d’appartenir à un pays. Il n’y a qu’à écouter les chansons évoquant « mon péi », « nout péi » , « nout péi Larényon ». Un pays entouré d’autres îles avec lesquelles des liens ont été tissés dès le début du peuplement de La Réunion.

Cette île est peuplée d’hommes et de femmes venus(es) de plusieurs continents et archipels. Ils ont créé une langue nouvelle, le créole réunionnais, ils ont mis en commun un certain nombre de pratiques quotidiennes, dans la cuisine par exemple. Ils ont partagé l’expression de leurs souffrances et de leurs espoirs dans la musique. Sans rompre totalement avec leurs origines, en particulier par le culte des ancêtres et les croyances religieuses, ils ont bien créé une manière d’être réunionnaise, non pas uniforme, mais au contraire diverse et complexe de par les conditions de formation de la société réunionnaise. Une manière de penser aussi qui se manifeste dans les récits, mythes, contes, proverbes et qui pourrait encore être analysée en profondeur. Ce processus de contact, de négociation, de transaction, de préservation et de recréation, en somme de créolisation, à l’œuvre dès le début, se poursuit dans le contexte actuel de la mondialisation et des nouveaux modes de communication.

Faire ensemble

Alors, à partir de ces données objectives, ne peut-on parler d’un peuple réunionnais identifié notamment par sa culture ? N’y a-t-il pas un "commun" qui rassemble la communauté réunionnaise ? Encore faut-il se penser comme peuple. Et là, la mémoire… populaire transmise de génération en génération et le récit historique, construit par des historiens, ont un rôle important. Or, que nous raconte la mémoire réunionnaise à travers le maloya par exemple ? Violence, souffrances, négation des droits humains, misère, mais aussi résistance par le marronnage et diverses formes de révolte. La culture elle-même, « culture de la nuit », « culture du fénoir ou du Fait noir », disait Alain Lorraine, est un acte de résistance à l’assimilation coloniale qui a pris diverses formes, de la répression brutale au formatage par l’enseignement ou encore par la domination d’une culture officielle monochrome.

Si le terme de peuple prend tout son sens actif, c’est bien quand il se représente lui-même dans ses hauts faits, quand il expose et met en scène le récit de ses luttes contre les différentes formes de domination et d’exploitation. Alors que le Code noir réduisait les esclaves au statut de « biens meubles », de choses inanimées — moins encore donc que des animaux et des plantes —, les esclaves ont refusé cet ordre inhumain. En mettant en jeu leur vie dans leur combat pour la liberté, ils ont proclamé leur humanité. Ils se sont constitués en héros et héroïnes, en modèles légués aux générations futures, zarboutan lo pèp reyoné po vréman . C’est pourquoi les commémorations sont importantes, de même que le repérage dans l’île des « lieux de mémoire », selon l’expression de l’historien Pierre Nora.

Mais, si les commémorations donnent des assises au sentiment d’hériter d’un passé commun — même s’il a été vécu dans le conflit —, ne faut-il pas aussi une dimension prospective pour qu’un peuple garde son élan vital ? Si la culture constitue le lien qui permet de vivre ensemble, c’est le projet politique qui permet de « faire ensemble ». La conscience d’une appartenance réunionnaise partagée ne peut que se renforcer dans l’action collective.

Pour exister, le peuple doit se faire entendre et donc prendre la parole, se manifester ou manifester tout court. En particulier, dans une société fortement inégalitaire et injuste, il est des groupes invisibles, sans histoires, inaudibles, ignorés, oubliés, parce qu’on ne tient pas à les entendre. Ce n’est pas parce qu’on utilise le singulier pour évoquer "le" peuple que celui-ci forme une totalité uniforme et apaisée. Il est traversé de rapports de force, ce qui est le propre de la vie même. Il ne s’agit pas d’étouffer les confrontations, ce qui reviendrait à renforcer ceux qui sont en position dominante, mais au contraire d’ouvrir les espaces de discussion pour que peu à peu se dessine un projet d’avenir. Que veut devenir le peuple réunionnais ?

Brigitte Croisier

Eric Alendroit

Le 27 octobre à La Plaine des Cafres

Déjeuner dansant de la Section PCR du Tampon

La section du Tampon du Parti communiste réunionnais organise le dimanche 27 octobre 2013 de 12h à 18h son déjeuner dansant au “Tourne-broche” à La Plaine des Cafres.

Tarifs :

Adultes : 35 euros

Enfants de moins de 12 ans : 20 euros

Contacts :

Benoit Blard au 0692-23-76-82

Étienne Fruteau au 0692-44-48-19

Date limite de réservation le 12 octobre 2013.

Adresse :

“Tourne-broche”, n°303 RN3 La Plaine des Cafres


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