Di sak na pou di

Rêver !

Témoignages.re / 8 juillet 2013

Derrière une résille de béton sombre, la mer si bleue, comme un vitrail, et puis l’éclat flamboyant du soleil, et puis le souffle puissant du vent, du mistral. Bateau posé là, à l’entrée d’un port qui en a tant accueilli depuis plus de 2500 ans ; bateau qui a des airs d’un immense container ; bateau ancré à demeure qui invite au voyage dans le temps.

C’est le MUCEM, Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, à Marseille.

A l’extérieur, sa masse cohabite avec les formes douces et couleur sable des constructions anciennes, telle celle du Fort Saint-Jean auquel il est relié par une passerelle. De l’intérieur, il joue sur la proximité avec les éléments naturels, mer, ciel, soleil.

Le monde s’y presse, curieux, attentif, à la découverte des objets, des images, des idées et des mots inventés et transmis par celles et ceux qui ont vécu sur les bords de cette mer, navigué, commercé, guerroyé, entre Nord et Sud, Orient et Occident. Diversité des motifs et des supports exposés, croisements pluridisciplinaires, maillage des langues, visite du passé et problématiques contemporaines, le parcours est riche.

Et l’on se prend à rêver. MUCEM, MCUR, jusqu’aux sigles qui se font écho ! Au-delà de cette analogie formelle, il s’agissait bien dans le projet de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise de donner à voir comment les continents et les archipels de l’océan Indien avaient fécondé la créativité des peuples mis en contact, pacifiquement et violemment. A la Méditerranée, cette mer intérieure, au milieu des terres, cette "Mare nostrum" des Romains, correspond l’océan Indien, vaste espace d’échanges très anciens et de conquêtes coloniales. Vieux port de Marseille et baie de Saint-Paul, ces deux sites entre terre et mer sont également des lieux symboliques forts mettant en scène le sens d’un musée des civilisations.

Un Musée ou une Maison des civilisations permet de retracer les cheminements matériels et spirituels qui ont généré nos sociétés présentes, de dessiner les héritages qui nous habitent, mais dont nous sommes plus ou moins conscients. Ce n’est pas une fixation sur le passé, c’est un moyen de mieux se comprendre, soi et les autres, soi avec les autres, pour vivre ensemble le mieux possible.

Dans une des expositions temporaires du MUCEM évoquant les lumières et les ombres de toute civilisation, il est inscrit sur un mur : « Il semble que ce soit là dans cette obstination à rêver que réside leur part d’intouchable ; dans cette obstination à rêver que chaque civilisation trouve sens et direction ».

Alors, pourquoi ici ce rêve a-t-il été cassé ? Pourquoi ce qui est possible ailleurs, ne le fut pas ici ? Sans doute cette destruction brutale d’une belle idée en dit-elle long sur là où nous en sommes, aujourd’hui. Mais il n’est pas défendu de continuer à rêver.

Brigitte Croisier


Kanalreunion.com