Di sak na pou di

Route du Littoral, travaux repoussés après les élections 2015 ?

Témoignages.re / 19 juin 2013

Didier Robert a beau communiquer tous azimuts pour répéter que les travaux de la Nouvelle Route du Littoral (NRL) débuteront en 2013, il apparaît de plus en plus improbable qu’ils commencent avant les élections régionales de mars 2015. La Région, on s’en souvient, a fait le choix de la variante comportant deux digues monumentales, variante la moins coûteuse, mais la plus gourmande en matériaux et la plus destructrice sur le plan environnemental. La collectivité est maintenant au pied du mur, le temps des discours et des projections d’images en 3D est terminé, pour rendre son projet crédible, elle doit impérativement trouver des carrières susceptibles de fournir les millions de tonnes de roches massives nécessaires à la construction de ces digues. Or, il n’en existe aucune en activité à La Réunion. Deux sites potentiels d’extractions de roches massives ont cependant été identifiés, la carrière des Lataniers à La Possession et le site de Bellevue à La Saline, mais, problème, ils ne sont pas inscrits dans le Schéma Départemental des Carrières (le SDC) et, d’autre part, les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) des deux communes concernées, La Possession et Saint-Paul, n’en permettent pas l’exploitation.

Le Conseil régional doit donc affronter une succession de procédures visant à modifier ou réviser plusieurs documents de planification afin de les rendre compatibles avec l’ouverture de nouvelles carrières. Or, qui dit procédures dit rallongements des délais et multiplication des recours possibles. Et si comme cela semble se vérifier, une révision du SAR, le Schéma d’Aménagement Régional, devenait elle aussi nécessaire, les travaux de construction de la route ne seraient alors pas près de commencer.

Résumons. La Région doit d’abord demander la modification du Schéma Départemental des Carrières, mais elle doit aussi demander au Préfet la qualification des deux projets de carrières en Projet d’Intérêt Général (PIG). En effet, seule cette qualification (“PIG”) permettrait à l’État de contraindre les Mairies de La Possession et de Saint-Paul à réviser leurs PLU respectifs pour les rendre compatibles avec les projets de carrières. Toutes ces procédures doivent évidemment respecter un certain nombre d’étapes : bureaux d’études, études d’impact, avis des services de l’État, délibérations des collectivités, enquête publique, etc.

Or, la Petite Ravine des Lataniers à La Possession et les ravines Tabac et de Trois-Bassins qui longent le site de Bellevue à La Saline sont classées en ZNIEFF (Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique) de type 1, des zones à préserver strictement, car elles abritent des espèces protégées par arrêtés ministériels. Ainsi, toute modification du Schéma des Carrières pour y inclure les deux sites évoqués exige une étude de terrain très poussée afin d’évaluer et de géolocaliser leur richesse biologique. La commission chargée d’évaluer cette biodiversité unique pourrait certes modifier les périmètres des deux ZNIEFF, mais les services de l’État doivent tenir compte de l’impact destructeur qu’aurait sur un environnement unique au monde une autorisation d’exploitation des carrières.

Ce n’est pas tout. La carrière des Lataniers sur laquelle la Région compte beaucoup du fait de sa proximité avec le littoral est inscrite en « espace de continuité écologique » au Schéma d’Aménagement Régional (le SAR) dont les prescriptions en l’état actuel interdisent l’exploitation de carrières. Ce qui signifie que toute modification du Schéma des Carrières devrait entraîner une révision du SAR, document juridiquement supérieur approuvé par décret en Conseil d’État. Même si ces démarches finissent par aboutir et si le Préfet attribue la qualification de Projet d’Intérêt Général (PIG) aux deux carrières, les communes auront six mois pour mettre leur PLU en compatibilité, mais la municipalité de Saint-Paul a déjà fait savoir sa vive opposition à l’exploitation du site de Bellevue et elle est habilitée à introduire devant le Tribunal administratif un recours en annulation avec effet suspensif.

Bref, 2015 va arriver très vite sans que la construction de la NRL n’ait réellement commencé. Certes, en attendant, Didier Robert pourra toujours inaugurer une bretelle d’accès menant à un chantier désespérément vide, mais il n’est pas sûr que les Réunionnais soient dupes. Le Conseil National pour la Protection de la Nature rendra son avis consultatif le 24 juin, il est fort possible qu’il soit négatif comme l’était l’avis de son homologue réunionnais, le Conseil Régional Scientifique du Patrimoine Naturel, dont l’avis émis en décembre 2011 condamnait clairement la variante retenue par le Conseil régional.

On devrait donc reparler de la NRL et du tram-train aux élections régionales de 2015.

Jean-Pierre Marchau

Collectif Non à la Nouvelle Route du Littoral


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