Di sak na pou di

Serons-nous des observateurs passifs ou des bâtisseurs responsables ?

Témoignages.re / 19 novembre 2010

En septembre 2010, quelque 112.660 Réunionnais étaient privés d’emploi. Ce chiffre est en augmentation de 1,2% par rapport à août 2010 et de 14,5% par rapport à août 2009. Cette même année 2009, l’emploi salarié avait baissé de 4,2% par rapport à 2008.

Certains secteurs sont plus touchés : c’est le cas de la construction, avec une chute des effectifs de 21,6% entre 2008 et 2009. L’année 2010 n’est pas meilleure : fin août, les effectifs du BTP étaient de 17.368 personnes. Ce chiffre est en baisse de 9,5% par rapport à août 2009.

La crise dans la construction entraîne une crise dans le secteur de l’industrie : baisse de 5,5% du nombre de salariés entre 2008 et 2009. Cela concerne aussi le secteur du commerce qui a perdu 1,9% de ses effectifs pour cette même période.

Le secteur en progression est celui de l’administration, avec une croissance de +6,9%, cela englobe ce que l’on appelle les emplois aidés, par essence, des emplois précaires. Dans 6 mois, ces femmes et ces hommes devront retourner au Pôle Emploi et augmenteront les effectifs de chômeurs.

L’INSEE et l’IEDOM confirment ainsi ce que l’on percevait : depuis 15 ans, La Réunion connaissait une croissance ininterrompue de l’emploi. Cette époque est donc révolue. Depuis 2009, la tendance à l’augmentation du chômage s’est renforcée. Elle atteint aujourd’hui un taux jamais égalé : 28% !

C’est donc plus d’un quart de la population active de La Réunion — c’est-à-dire les femmes et les hommes en âge de travailler — qui est au chômage.

Quelques chiffres :

Accroissement de la population active en moyenne annuelle :

1967/1974 3.400
1974/1982 5.400
1982/1990 7.250
1990/1999 7.700
2002/2008 26.700

Ainsi, chaque année, plus de 5.300 Réunionnais arrivent sur le marché du travail.
Le nombre d’emplois pérennes salariés créés chaque année reste inférieur à 5.300, ce qui laisse donc chaque année un nombre important de Réunionnais sans travail. Par ailleurs, les femmes sont plus nombreuses à accéder à l’emploi, ce qui, par voie de conséquences, fait baisser le taux d’activité et augmenter le taux de chômage. C’est ce que l’on appelle le chômage structurel, lié à la croissance démographique.

A cela s’ajoute le chômage conjoncturel, celui lié à la crise économique et financière mondiale, mais aussi à l’arrêt de l’activité dans le BTP, aux fermetures d’entreprises. Ce sont les salariés du Groupe Caillé, du Groupe Zeop, les salariés de l’ARAST.

1.500 entreprises réunionnaises risquent de fermer leur porte en 2010/2011, entraînant le chômage de plusieurs milliers de Réunionnais.

D’autres suppressions de postes sont à craindre. Par exemple, dans le domaine agricole : après le rachat des usines sucrières par la multinationale Téréos, le possible rachat du rhum Charrette par des investisseurs japonais ou malais, les tentatives de l’Afrique du Sud de vendre son sucre sur le marché européen… à plus ou moins court terme, cela se traduira par des pertes d’emplois dans le secteur de la canne et du sucre.

Outre le drame personnel des travailleurs, c’est une catastrophe économique : c’est la prise de contrôle des outils de production réunionnais par des sociétés étrangères ; c’est aussi une catastrophe historique. L’histoire de La Réunion et celle de la filière canne-sucre sont intimement mêlées. Aujourd’hui, elles amorcent une rupture. Une nouvelle ère s’ouvre.

La question qui nous est aujourd’hui posée est celle de savoir quel rôle nous voulons jouer dans cette nouvelle ère : celui d’observateurs passifs ou de bâtisseurs responsables ?

Kora-Ly Payet


Kanalreunion.com