Di sak na pou di

Solidarité face à la sécheresse

Témoignages.re / 1er décembre 2010

Au cours d’un séjour que j’ai effectué récemment dans notre île sœur, j’ai constaté qu’une grande partie de la population mauricienne souffrait d’un approvisionnement en eau potable insuffisant en raison de la politique de rationnement décidée par les autorités mauriciennes pour faire face à la baisse dramatique des ressources en eau pendant la période d’étiage générée par la sécheresse estivale qui se répète chaque année.

Je me suis demandé s’il y avait des solutions mauriciennes à ce problème. Mais il semblerait que les possibilités soient limitées, car, d’une part, le niveau des nappes phréatiques baisse très rapidement en raison du relief peu élevé de l’île et, d’autre part, l’eau des retenues collinaires, des ravines et des rivières non seulement nécessite un traitement très important pour pouvoir être consommée comme eau potable, mais est presque totalement utilisée pour l’irrigation des terres agricoles.

Les quelques personnes avec qui j’ai abordé cette question ne voyaient qu’une seule solution à leur problème : le dessalement de l’eau de mer qui serait ensuite refoulée vers des réservoirs situés sur les hauteurs de l’île pour alimenter la population par gravitation. Cette solution est certainement réalisable puisqu’elle est déjà mise en œuvre dans les régions désertiques des Émirats arabes. Mais elle est très coûteuse et nécessite non seulement d’énormes machines, mais également une grande quantité d’énergie.

J’ai alors pensé que la solution du problème de l’approvisionnement en eau potable de nos cousins et cousines était peut-être à l’île de La Réunion.

En effet, à moins de 230 km des côtes mauriciennes, dans l’Est de l’île de La Réunion, l’usine hydroélectrique de Sainte-Rose jette à la mer chaque seconde environ 7 à 8 mètres cubes d’eau quasiment pure, équivalente à de l’eau de source, puisqu’elle est captée à plus de 1.000 mètres d’altitude dans un massif montagneux totalement protégé et qu’elle est tamisée au captage puis décantée dans quatre énormes réservoirs avant d’être envoyée dans une conduite forcée sur les turbines de l’usine hydroélectrique.

La population mauricienne comptant actuellement environ 1,3 million d’habitants, s’il faut environ 80 litres d’eau supplémentaires par habitant pendant la période d’étiage, soit l’équivalent du volume d’eau contenu dans une demi-baignoire standard de 170 cm par 70 cm, on peut évaluer à environ 104 millions de litres la quantité d’eau journalière supplémentaire qu’il nous faudrait fournir à l’île Maurice pour qu’elle approvisionne correctement sa population.

Un volume d’eau de 104 millions de litres par jour peut paraître très important, mais il faut savoir que le transport de pétrole se fait souvent par d’immenses tankers transportant plus de 500 millions de litres.
Par conséquent, en affrétant d’un tanker une capacité de transport de 104.000 tonnes pour la durée de l’étiage ou de deux tankers pouvant transporter 60.000 tonnes chacun, les autorités mauriciennes pourraient disposer du moyen d’acheminer la quantité d’eau nécessaire à leurs populations sans discontinuer.
La rotation de chaque tanker pouvant se faire toutes les 24 heures (16 heures pour aller-retour et 8 heures pour le remplissage et le vidage), l’approvisionnement serait alors constant si les équipements adéquats étaient mis en place pour recevoir l’eau et la refouler vers des réservoirs situés au-dessus de Curepipe.
Le refoulement de l’eau vers les hauteurs de l’île se faisant pendant que les tankers feront le transport de l’eau, il suffirait d’installer des conduites pouvant refouler un débit d’environ 1.200 litres secondes pour assurer un flux continu. Bien entendu, pour faciliter le pompage, il faudrait également installer des réservoirs relais tous les 100 ou 150 mètres d’altitude.

Comme il existe une autoroute qui relie Plaisance, située à proximité du littoral Sud de l’île Maurice, et la ville de Curepipe, située quasiment au sommet de l’île à environ 600 mètres d’altitude, les canalisations de refoulement pourraient être installées le long de cette autoroute. Ce qui réduirait considérablement les difficultés techniques et faciliterait l’implantation de réservoirs relais destinés à réduire le coût du refoulement de l’eau.

Nous refoulons bien un gros volume d’eau jusqu’à plus de 800 mètres d’altitude à l’île de La Réunion pour les besoins de l’irrigation des terres de l’Ouest situées au-dessus de 300 mètres d’altitude, puisque l’eau provenant de l’Est de l’île arrive dans un réservoir de stockage situé à une altitude de 300 mètres. Il n’y a donc pas de raison que cette opération de refoulement pour les besoins des populations soit irréalisable à l’île Maurice jusqu’à une altitude de 600 mètres.

Bien entendu, comme je ne suis pas un spécialiste de l’approvisionnement en eau ou du transport maritime, et je ne peux pas affirmer avec certitude que la solution que je propose sera moins coûteuse que la solution du dessalement de l’eau de mer, néanmoins, cette solution présente au moins l’avantage d’être mise en œuvre de manière ponctuelle en fonction des besoins et d’être évolutive facilement dans le temps si la consommation devait augmenter dans les années futures ; alors que le dessalement de l’eau de mer nécessiterait dès le départ un très gros investissement pour installer les machines et exigerait peut-être un entretien beaucoup plus coûteux.

Par ailleurs, l’approvisionnement en eau de l’île Maurice à partir de l’île de La Réunion permettrait à la population mauricienne de disposer à profusion d’une eau d’excellente qualité, équivalente à de l’eau de source, ou tout au moins nécessitant peu de traitement pour la rendre totalement potable selon les normes internationales.

Enfin, ma solution offre à nos deux îles sœurs l’opportunité de réaliser ensemble un grand projet de développement économique qui leur permettrait de créer une véritable complémentarité économique qui pourrait déboucher à terme sur une union régionale ou peut-être une entité politique particulière qui permettrait à chacun d’avoir des moyens d’agir sur l’ensemble de la zone et vers les horizons plus lointains de manière complémentaire et beaucoup plus efficacement dans l’intérêt de leur population respective.

L’île Maurice a reçu en cadeau du ciel des magnifiques lagons et des plages absolument merveilleuses, tandis que l’île de La Réunion a reçu des paysages grandioses qui justifient qu’elle ait été reconnue par l’UNESCO comme Patrimoine de l’humanité, pourquoi ne pas exploiter ces richesses de manière complémentaire ?

Bien que nos deux îles soient considérées comme îles sœurs en raison de leur situation géographique, mais également en raison de leur histoire et de leur culture, elles font actuellement partie de deux zones économiques différentes, l’une est rattachée au Commonwealth, tandis que l’autre est rattachée à l’Union européenne, et chacune des deux se développe de son côté sans se soucier de l’autre ou dans un esprit de concurrence. Ne devrions-nous pas rassembler nos différences pour nous compléter mutuellement plutôt que d’essayer de nous développer chacun de notre côté avec un esprit de clocher et une volonté de se distancer dans la course vers le progrès ?

Mon idée d’approvisionner les Mauriciens avec l’eau rejetée à la mer par l’usine hydroélectrique de Sainte-Rose pourrait constituer l’un de nos premiers pas vers cette entité politique particulière dans laquelle nos deux îles pourraient se rassembler et grandir ensemble. Il est possible que certaines personnes la trouvent complètement utopique, mais les quelques Mauriciens à qui j’en ai parlé lors de mon séjour à Maurice l’ont trouvé tout à fait réalisable, à condition que les responsables de nos deux pays acceptent de mettre en commun les moyens nécessaires pour la concrétiser. Le premier pas pourrait être la création d’une commission mixte représentant les autorités compétentes, qui serait chargée d’étudier sa faisabilité et de comparer sa rentabilité avec les autres solutions possibles.
Ces idées sont personnelles et n’engagent que moi.

Joseph Luçay Maillot


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