Di sak na pou di

Sortie de la France de la zone Euro : une mauvaise idée

Témoignages.re / 14 mai 2014

« Faut-il pleurer, faut-il en rire ? chantait Jean Ferrat. Nous en sommes là en écoutant les discours nationalistes de Marine Le Pen et/ou de Dupont Aignan sur leur rejet de l’Union européenne. Pour eux, l’UE met en mal l’identité française et le développement du pays. L’objectif est donc la sortie de l’UE, le retour au franc, le renforcement des frontières et l’instauration du protectionnisme.

Dans quel monde habitent ces Messieurs de l’extrême droite ? Ils oublient tout simplement que nous vivons aujourd’hui dans un monde complexe très fortement interconnecté qui met à mal les dimensions locales et nationales. Dans notre monde globalisé où l’interdépendance entre les différentes économies du globe est de plus en plus forte – la crise bancaire de 2008 qui s’est répandue des Etats-Unis à l’ensemble du monde –, les peuples ne peuvent plus exercer leur souveraineté isolement. Le cadre national de régulation est devenu inadéquat pour gouverner une économie qui s’est mondialisée, a fortiori pour contrôler le système financier mondial. D’où la nécessité de grands ensembles, tels que l’Union européenne, l’APEC en Asie et autres, plus adaptés aux exigences de la globalisation. Nous sommes entrés dans l’ère de la souveraineté partagée, voire de l’État postsouverain.

Mais que se passerait-il vraiment si la France sortait de la zone euro et l’Union européenne ?

La France, le deuxième pays le plus important de la zone euro, est aujourd’hui en difficulté. Elle était il y a quinze, au début de l’euro dans une situation identique à celle de l’Allemagne : même niveau de revenu par tête d’habitant, même niveau de chômage et de dette publique. Tel n’est pas le cas aujourd’hui : son taux de chômage est le double de son voisin, son revenu par tête d’habitant est de 15% inférieur et sa dette de 15% supérieure à ceux de son partenaire européen (André Sapir, Le Monde, 24/01/2014). Et que dire de son commerce extérieur en déficit chronique depuis dix ans et de ses finances publiques en déficit chronique depuis quarante ans. De surcroît, une dette publique dépassant les 95% du PIB (Alain Frachon, Le Monde, 04/04/2014). C’est dire que la France aurait du mal à supporter un nouveau choc.

Pour un pays déjà très mal en point comme la France, la sortie de l’Union européenne ou sa disparition serait une catastrophe. La France se retrouverait à nouveau avec une monnaie nationale, nommée Franc, mais dévaluée assez rapidement de 20% à 30% par rapport au Dollar, disent les économistes. En clair, sa dette exploserait, atteignant 120 à 130% du PIB, et l’inflation relancée. Ce qui « plombe » le budget d’un pays endetté, c’est qu’il doit se procurer de l’argent à un taux très élevé. Il est évident que ce taux déjà élevé quand il est dans la zone euro serait encore plus élevé avec une monnaie nationale adossée à un pays en difficulté. Et dire que la France devra emprunter plus de 175 milliards sur les marchés en 2014 et en 2015 !

On nous dit que cette sortie de la zone euro pourrait faire repartir l’activité économique. Certes, la dévaluation recherchée – l’objectif même de la sortie pour les Souverainistes -, boosterait dans un premier temps la croissance et l’emploi, mais le gain réel ne compenserait pas les pertes que subiraient le pays. « La faiblesse de l’industrie, qui génère plus de 70% des exportations, ne permettrait pas de bénéficier pleinement de la dévaluation compétitive, alors que les importations seraient renchéries », nous dit économiste Nicolas Baverez (Le Point, 28/11/2013). Des produits importés plus cher signifient une perte significative de pouvoir d’achat de la population, « de l’ordre de 20 à 30% immédiatement, puis davantage avec le cycle dévaluation/inflation » (N. Baverz, Ibid). Bref, une baisse généralisée des salaires réels. Et que dire de l’appauvrissement des épargnants – perte de 20% à 30% de leurs avoirs.

La sortie de l’euro est une mauvaise idée. Dans notre monde globalisé où l’État n’est plus l’unique centre de régulation, l’avenir de la France passe par la consolidation de la zone euro. Autrement dit, par la poursuite et l’approfondissement de soixante ans de construction européenne : un renforcement de l’intégration budgétaire et sociale pour sortir de la concurrence actuelle, une relance de la politique sociale avec un revenu minimum européen – actuellement le salaire minimum varie de 1 à 12 au sein de l’UE – et une union politique toujours plus forte. Bref, plus d’intégration communautaire, « plus d’Europe ».

 Reynolds Michel 


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