Di sak na pou di

Soyons savants, devenons prophètes !

Témoignages.re / 20 octobre 2017

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Ce titre est emprunté à l’ouvrage signé par les physiciens Georges Charpak et Roland Omnès, (2004). Après une incubation de plusieurs années sans perdre courage du fait de la complexité des cinq premiers chapitres traitant de l’infiniment petit (la physique quantique) et de l’infiniment grand (la cosmologie après les découvertes d’Albert Einstein) nous retrouvons cet ouvrage. Ces deux auteurs commentent en premier les conséquences affligeantes de la concurrence des trois religions monothéistes occidentales. Ils en arrivent à se poser la question de notre culture face à l’extraordinaire intelligence de notre cerveau telle qu’elle aura été sélectionnée - conditionnée au fil des siècles, et des conditions culturelles qui l’entourent. Et ce sans jugements qui rendraient les uns ou les autres responsables. Remarquons que les auteurs tenaient dès la parution de cet ouvrage des propos qui pourraient paraître de nos jours prémonitoires préfigurant une libération de l’imaginaire. Relevons quelques questions :

« Ne faut-il pas que les multiples formes de la religion soient épurées, au nom de l’amour des hommes et du respect de ce qui les dépasse infiniment ? La mondialisation est là, inévitable, mais comment la repenser pour qu’elle comble des poches insondables de misère et de haine ? Comment faire pour que le maître mot de l’économie ne soit plus l’intérêt du plus fort ? Que celle-ci soit mise au service de l’homme et de la solidarité planétaire ? »

Ces deux auteurs préconisent de commencer par l’enfant tellement influençable pour le meilleur comme pour le pire. Ils affirment en même temps et avec combien de justesse que « les sciences de l’éducation ne sont pas des sciences, mais un art ». Ils critiquent « la culture impressionniste qui lui laisse ramasser tout ce qu’il trouve ». Ils s’émeuvent aussi face à ces enfants « qui psalmodient des versets interminables et qui se balancent à la manière des autistes, tandis que les mots s’enfoncent en eux, là où la beauté du monde aurait pu entrer », etc.

Tous ces problèmes ont selon ces deux auteurs une même racine : « L’humanité tout entière est en voie de mutation et elle n’y est pas préparée. », p. 248.

Un double défi pourrait-il être relevé, en cette belle île de La Réunion : réunir les hommes et les femmes de toutes croyances et de toutes religions, des chefs d’entreprises aux élus et cadres des collectivités ; impulser la création de groupes de rencontres d’où émergeraient de nouvelles cultures du vivre ensemble. Il s’agirait de s’emparer fondamentalement des thèmes portant sur une éducation de l’enfant rénovée, où l’abord de sa santé serait ré-envisagé. De nouvelles perspectives citoyennes seraient aussi expérimentées en divers lieux. Les entreprises peuvent être les premières à réagir. N’avons-nous pas vu ces derniers jours 2 PDG redistribuer à leurs employés une partie de la plus-value de leur travail ? D’autres initiatives pourraient voir le jour avec l’encouragement de la puissance publique, ainsi celle d’offrir des « outils » validés par la science pour se penser soi-même et pour que l’enfant apprenne à penser par lui-même. Ne serait-ce pas mettre en acte les espoirs de ces deux physiciens ici sur l’île des Réunions ?

Evelyne Grasperge, Geneviève Maillot, Michèle Marty, Nadine Natier-Minatchy, Frédéric Paulus, Antoine Pitchaya, Marc Poumadère