Di sak na pou di

Soyons sérieux, M. Vali !

Courrier des lecteurs de Témoignages / 10 novembre 2014

Le 14 octobre dernier un article a été publié par le journal Le Quotidien de la Réunion sous le titre "La ville ne veut pas lâcher son grand marché à Casino". Cet article, qui ne reflète qu’un point de vue, me met personnellement en cause. Je souhaite donc porter ou rappeler à la connaissance de l’opinion quelques données parfaitement vérifiables qui méritent d’être prises en compte dans ce projet lié à l’activité commerciale. Pour moi l’objectivité n’est pas réductible à des affabulations, même énoncées par un élu…. commerçant lui-même.

Dès l’introduction le ton est donné : « L’ancien grand marché du Port a été bradé pour 15.000 euros par an au groupe Casino par l’ancienne municipalité. L’élu Fayzal Vali dénonce cette situation, qui a aussi donné lieu à un recours contre l’extension du Jumbo Sacré-Coeur ».

Dans ces deux phrases, on peut relever les deux contrevérités qui sous-tendent cette présentation.

1. Tout d’abord, un mensonge : le marché n’a pas été bradé. La rénovation de cette structure fermée depuis plus de deux décennies représente en effet un effort financier important à la charge de Casino, à hauteur de 5 millions d’euros dont 4 millions de travaux. Le montant du loyer de 15.000 euros par an est conforme à l’avis du service des Domaines. À la fin du bail qui ne dépassera pas 40 ans, le marché, y compris tous les travaux et constructions réalisés par le groupe Casino, reviendra à la commune en pleine propriété.

Où est le cadeau dont parle l’élu qui, selon ses propres dires, a reçu du maire la mission de négocier avec Casino « afin de trouver le bon compromis pour le centre-ville » ? C’est un dossier important pour la ville et qui concerne directement les commerçants : il est question, au vu du programme prévisionnel de l’opération, de la réalisation d’un ensemble immobilier de 1.150 m2 de surface commerciale, comprenant 18 boutiques. Un tel investissement représente un volume important d’activité pour le BTP qui en manque cruellement aujourd’hui, et après la rénovation plusieurs dizaines d’emplois pérennes seront créés. À ce titre, c’est une contribution forte à l’emploi.

Une question que l’on peut se poser : Fayzal Vali intervient-il dans ce dossier en tant que commerçant représentant un intérêt catégoriel ou en tant qu’élu représentant l’intérêt général ? Autrement dit peut-il être juge et partie ? Il y a là pour le moins un curieux mélange des genres.

2. Ensuite, une « approximation coupable » concernant les recours engagés par Fayzal Vali d’abord contre la décision favorable prise par la commission départementale d’aménagement commercial à Saint-Denis le 17 septembre 2013, puis contre la décision également favorable de la commission nationale d’aménagement commercial actée lors d’une réunion à Paris le 15 janvier 2014. Le premier recours rejeté, le second est en suspens devant la cour administrative d’appel de Bordeaux. Je pense que ce recours va subir le même sort que le premier et être purement et simplement rejeté.

L’approximation coupable (car volontaire…) consiste à faire croire que ces deux recours seraient liés peu ou prou au marché couvert (« l’ancien grand marché du Port a été bradé pour 15.000 euros par an au groupe Casino par l’ancienne municipalité. L’élu Fayzal Vali dénonce cette situation, qui a aussi donné lieu à un recours contre l’extension du Jumbo Sacré-Coeur »). Or il n’en est rien. Le dossier du marché couvert n’a, quant à lui, fait l’objet d’aucun recours, et Fayzal Vali le sait pertinemment.

Il faut par ailleurs se rappeler que la commission départementale d’aménagement commercial a donné un avis favorable à la réalisation du projet de marché couvert à l’unanimité de ses membres, dont la ville de Saint-Paul représentée par sa maire de l’époque, Mme Bello. Aucun recours n’a été formé contre cette décision.

Enfin, il est à signaler qu’un protocole d’accord avec le groupe Casino a été approuvé par le conseil municipal pour la réalisation du projet marché couvert le 26 juillet 2012. Puis, le 30 octobre 2012, le conseil municipal a confirmé à nouveau sa décision en faveur du marché. Le conseil municipal s’est prononcé à l’occasion de ces deux votes à l’unanimité des votants, parmi lesquels Olivier Hoarau. Une dernière précision : ces 2 votes sont intervenus après que l’actuel maire a fait dissidence avec l’ancienne majorité. On peut lui faire crédit, sans s’avancer, qu’il n’aurait pas donné sa voix pour une opération de braderie du patrimoine de la commune.

Aujourd’hui, rien ne s’oppose sur le plan de la procédure à ce que l’on passe à l’étape suivante de dépôt du permis de construire et à la phase travaux. Cela marquerait la fin d’une affaire qui a déjà beaucoup traîné en longueur. Pas moins de 5 promoteurs se sont portés candidats pour la rénovation du vieux marché avant de se désister.

Le 8 juin 2011, au terme du dernier appel à projets, la ville a retenu l’offre présentée par le groupe Casino. Fayzal Vali n’a pas alors présenté d’offre et sa pitrerie (« 15.000 euros, c’est un cadeau. Je suis preneur »), si elle est lancée pour amuser la galerie, montre surtout sa méconnaissance des règles du code des marchés publics.

Alors que faut-il penser de toutes les élucubrations de Fayzal Vali dans le Quotidien ? On dit parfois "Zanfan i plèr pa i gaign pa tété"… mais attention qu’il ne lui reste plus que les yeux pour pleurer, en faisant en plus payer à la population les conséquences de ses actes irresponsables.

La Ville a beaucoup investi dans le centre-ville (voies et espaces publics, amélioration et densification de l’habitat), entraînant les contributions de l’État, du TCO et d’autres partenaires. Il s’agit de concilier l’intérêt général - qui reste la ligne directrice – avec les intérêts particuliers. Le projet du marché couvert faisant appel à un promoteur privé est, dans le contexte de crise multiforme que nous traversons, une solution à la revitalisation du centre-ville du Port.

Jean-Yves Langenier


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