Di sak na pou di

Stop aux monopoles !

Témoignages.re / 29 mai 2012

Voici une lettre que l’AAMAR (Agir pour l’abolition les monopoles abusifs à La Réunion) a adressée à M. Arnaud Montebourg, Ministre du Redressement productif.

Monsieur le Ministre,
Notre île connaît aujourd’hui, sur le plan économique, social et moral, une situation dont le caractère dramatique a tant de fois été souligné que ce constat même a pris rang de sens commun dans le discours réunionnais contemporain. Enumérés à l’envi, les indicateurs pointent, chaque année plus inexorablement, la montée vertigineuse du chômage (35% de la population active), du chômage des jeunes (près de 60% aujourd’hui) et de la pauvreté, qui concerne aujourd’hui près de 52% de notre population.
Ces statistiques, dignes des terres les plus sinistrées du globe, et a priori inimaginables dans une Région de la République française, n’expriment pas seulement les conséquences de la crise mondiale. Elles traduisent la permanence, et même, il faut le dire, la vivacité d’un édifice économique, social et politique dominé par les monopoles économiques. Issue de l’héritage de l’exclusif colonial, la structure monopolistique a perduré après la fin du statut colonial, acquise le 19 mars 1946 grâce à la loi Vergès-Lépervanche-Bissol-Césaire, qui a permis de transformer les quatre « vieilles colonies » en Départements d’Outre-mer. La structure monopolistique a prospéré dans le nouvel environnement créé par l’introduction, dans notre île, de la société de consommation. Elle a su, grâce à son influence continue sur le champ politique, étouffer un grand nombre de tentatives de développement endogène.
Ainsi, il y a près de 50 ans, ce sont les lobbies du pétrole et de l’automobile qui ont décidé de la fin du chemin de fer et de la conversion du système de transport réunionnais au tout-automobile, qui paralyse aujourd’hui notre économie et dégrade notre environnement. Ce sont les mêmes forces qui, il y aura bientôt trois ans, ont obtenu de la nouvelle majorité régionale et de ses alliés au sein du gouvernement d’alors la suppression du projet de tram-train, destiné à réintroduire le transport ferroviaire dans notre île. La même réalité se décline dans tous les domaines de la vie matérielle des Réunionnais. Elle est particulièrement criante dans la question de la vie chère, ce fléau provoqué par la structure monopolistique qui caractérise la grande distribution et sape l’édifice social réunionnais. Le refus des abus perpétrés par les monopoles, ressentis avec une dureté particulière par les usagers de la route condamnés au tout-automobile, est au cœur de la volonté de changement exprimée par les électrices et les électeurs de La Réunion.
Attentif aux déclarations du candidat François Hollande relatives aux monopoles, “Agir pour l’Abolition des monopoles abusifs à La Réunion” (AAMAR) salue l’élection de M. François Hollande. Vis-à-vis de la question du prix des produits pétroliers, AAMAR se réjouit de la décision du Président de la République, qui vise à geler le prix des carburants pendant une durée déterminée. Au vu la situation spécifique de La Réunion, AAMAR demande que cette mesure soit instaurée dans notre île jusqu’à la mise en place d’un véritable dispositif qui, en permettant à la puissance publique d’exercer pleinement son rôle de régulation des prix des carburants, puisse mettre fin aux abus du monopole de fait qui, de la phase de l’acquisition des hydrocarbures à leur stockage, exerce un poids écrasant sur le consommateur réunionnais. Dans ce but, AAMAR sollicite l’implication et l’intervention du Ministère du Redressement productif.

Pour le collectif AAMAR,
Geoffroy Géraud-Legros, Porte-parole


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