Di sak na pou di

Témoignage sur l’accueil d’un « Zoreil » à la Réunion

Courrier des lecteurs de Témoignages / 17 août 2016

L’article : « Pourquoi n’ai pas basculé dans le terrorisme radical ? », que vous avez bien voulu publier dans le courrier des lecteurs aura suscité des réactions de proches et d’amis qui ont eu la gentillesse de minimiser l’impact de mon témoignage qui mentionna que « ma réussite professionnelle à la Réunion laissait à désirer ».

L’objectif de ce courrier visait à s’extraire de considérations intellectualistes, en tentant d’impliquer les compétences empathiques du lecteur pour lui suggérer intuitivement de transposer en toute humilité mon témoignage sur le sort que peut réserver notre pays aux réfugiés boat-people qui traversent la méditerranée, au péril de leur vie. Mon témoignage débutant depuis ma tendre enfance et ensuite, comme rapatrié « Pieds-noirs » sur cette belle terre d’accueil que prétend être notre bonne France, l’expérience d’une personne ne devant pas être généralisable. Nous sommes dans le registre du témoignage qui ne dissocie pas l’objectif du subjectif. Dans ce premier courrier, en dehors d’un slogan : « Zoreil dehors », je me suis abstenu de relater mes multiples expériences d’échecs à la Réunion, qui font maintenant partie de mon histoire dans cette belle « île intense ».

Quelques éléments supplémentaires tout de même après réflexion : Fort d’un contrat de travail qui fut signé par un Maire et transmis par fax à mon domicile parisien, d’où j’ai dû résilier ma ligne téléphonique (dès lors injoignable), pour ensuite faire les moissons chez mon père, à la fin août 89, et trouver mes marques à Saint-Paul chez des cousins, pour prendre mon poste dans le développement social des quartiers (DSQ), le 1er septembre. C’est là que j’apprends que le poste avait été confié à une réunionnaise, qui a dû fuir les émeutes en Angola avec sa famille et qui sollicita un emploi auprès de ce Maire qui lui attribua le poste qui m’avait été promis. Un cadre d’une collectivité me conseilla de porter plainte. Un contentieux dès mon arrivée sur l’île ! Le contrat d’embauche m’aura tout de même permis de rentrer à Gillot avec un billet sans retour.

Il y a aussi mon licenciement d’un emploi de psychologue dans un lycée professionnel à caractère social « pour faute grave », dont le directeur ne supportait pas de m’entendre sur RFO, en dehors de mon temps de travail, répondant à des « téléphones sonnent » avec Stéphane Bijoux. Le licenciement a été débouté par la chambre sociale et j’ai pu bénéficier d’une indemnité, semble-t-il, bien gagnée. Deux ans après ce licenciement, la Maison Sociale associée à ce Lycée a dû fermer pour faute grave de son directeur qui fut licencié.

Sans s’étendre en évoquant les multiples concours aux postes de maître de conférences (titulaire d’un N° de qualification) en sciences de l’éducation, sociologie, STAPS et sciences de l’information, ce qui dépasseraient les limites de courrier, je dirais simplement, plus j’additionnais les éléments susceptibles de renforcer mon dossier de candidature, moins celle-ci n’était prise en considération.

A la suite du remplacement du regretté Sudel Fuma, et des polémiques qui suivirent, mon témoignage pourrait apporter une pierre à l’édifice pour nuancer les points de vues sur le recrutement des enseignants universitaires et critiquer constructivement le principe des concours par cooptation.

Sans rancune pour tout cela, mais ça ne s’oublie pas.

Frédéric Paulus
Saint-Denis


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