Di sak na pou di

Tir croisé autour des valeurs

Témoignages.re / 9 décembre 2013

Au nom des valeurs d’ordre démocratique, le pouvoir judiciaire prononce une inéligibilité temporaire à l’égard d’un élu qui, s’estimant victime, au nom de la valeur de lutte contre l’injustice engage une stratégie personnelle et familiale, afin de se maintenir au pouvoir jusqu’à son retour en grâce.

Au nom de la valeur du droit des femmes militantes, une minorité d’entre elles contribue à cet objectif. Au nom des valeurs fondatrices du parti dont il est membre, le bureau autour de sa présidente invalide cette candidature, ce qui ranime le tir croisé d’atteinte au droit des femmes par une femme.

Ce cas de figure emblématique et médiatisé est loin d’être un cas isolé dans notre île à l’approche des élections. On ne peut que s’inquiéter du désarroi des électeurs-citoyens, n’ayant pas tous les éléments leur permettant de décrypter ce tir croisé et ces contradictions.

Au-delà de notre microcosme, les « printemps » (arabe ou érable) se sont référés aux valeurs du « printemps des peuples » lors de la révolution de 1848 en France, qui n’ont évidemment rien à voir avec les prétendues valeurs d’un parti mobilisant, sur fond de violence, des citoyens désemparés autour du « printemps français »… sans oublier que c’est au nom de valeurs dogmatisées et de devises que des hommes dits « providentiels » ont entraîné leurs peuples dans des dictatures les plus inhumaines.

Si nous considérons que les valeurs sont des idéaux, chacun(e) y adhère dans un mélange souvent confus de réflexion et d’émotion, plus particulièrement en période de crise. C’est le grand chambardement au cœur d’une Société devenue duale et hiérarchisée, sans égalité, fraternité, ni liberté pour tous, où la majorité des citoyens déconsidère le politique et ne perçoit plus les particularités des idées de droite et de gauche.

Tout se complique encore quand des valeurs auparavant prioritaires perdent de leur importance (par exemple la fraternité dans un contexte plus individualiste et sont remplacées par une de leurs variantes : la solidarité qui peut nous exempter de considérer un étranger comme un frère…).

Dans son appel à « l’éthique » (La méthode – Tome 6) Edgar Morin estime que la crise, c’est « l’incertitude sur les évolutions, régressions, progressions, transformations futures, rendant l’action politique incertaine » avec des contradictions permanentes : entre l’urgent et l’essentiel, l’audace et la précaution, le bien personnel et le bien collectif, la conviction et la responsabilité.

Par défaut de conscientisation du peuple souverain, le drame, c’est que beaucoup ont perdu leur faculté de discernement, de jugement politique, et de participation active à la construction du vivre ensemble.

Heureusement, des initiatives multiples existent en ce sens. Celles-ci sont souvent non rejointes, non accompagnées, et donc non entendues par défaut de débat public. C’est par l’éducation populaire et le débat démocratique que nous pourrons remettre en cause les structures de notre Société centralisatrice créant la dépendance, et à engager une réforme des mentalités, une régénération humaine, sociale, culturelle et historique. C’est le seul moyen de refouler, comme dit Edgar Morin « la barbarie des relations humaines, de mépris, de haine, et d’indifférence ».

Marc Vandewynckele

C’est par l’éducation populaire et le débat démocratique que nous pourrons remettre en cause les structures de notre Société centralisatrice créant la dépendance, et à engager une réforme des mentalités, une régénération humaine, sociale, culturelle et historique.


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