Di sak na pou di

Touch pa nout lang

Courrier des lecteurs de Témoignages / 6 juillet 2015

Après plus de 15 ans de blocage, la Charte Européenne des Langues Régionales pourrait être enfin ratifiée par le gouvernement français. Cette charte vise à reconnaître la diversité des langues régionales pratiquées dans notre pays, à graver dans le marbre leur appartenance à notre patrimoine et au delà, à engager des initiatives, notamment en matière d’éducation. La FSU qui s’est battue pour obtenir que le créole puisse être enseigné dans notre département, ne peut que saluer cette avancée qui devrait contribuer à une meilleure reconnaissance. Le créole réunionnais est la langue maternelle d’une écrasante majorité des élèves de l’académie, dans le cadre des apprentissages il est un outil précieux de lutte contre l’échec scolaire, c’est aussi un formidable tremplin vers d’autres langues puisque c’est par comparaison avec sa langue maternelle qu’un élève peut espérer acquérir la maîtrise d’une langue étrangère ou d’une langue « seconde » comme le français.

Pour y parvenir, il est nécessaire que cette langue maternelle soit enseignée, de même qu’est enseigné le français à des élèves francophones.

Cependant l’enseignement du créole est encore regardé avec scepticisme ou condescendance et n’est offert en option que dans trop peu d’établissements scolaires.

Il faut se rappeler que l’introduction de l’enseignement du créole dans nos écoles, collèges et lycées est le fruit d’un long combat soutenu par la FSU et qui s’est traduit en 2001 par la création d’un Capes LVR (Langue Vivante Régionale), l’augmentation substantielle du nombre d’habilitations LVR pour le primaire (200 PE aujourd’hui contre 27 en 2007), l’introduction d’un module LVR à l’ESPE (Ecole Supérieure du Professorat et de l’Éducation) qui permet à tout nouvel enseignant de se familiariser avec les particularités de l’enseignement en milieu créolophone.

Mais, alors que le gouvernement français s’apprête à ratifier la Charte Européenne des Langues Régionales, paradoxalement ce dernier prépare minutieusement l’extinction de l’enseignement du créole au travers de sa réforme du collège imposée contre la volonté d’une écrasante majorité d’enseignants.

En effet, l’option LVR proposée dans quelques collèges actuellement va disparaître au profit d’un EPI [1] « Langues et cultures régionales et étrangères » qu’aucun collège n’aura l’obligation de mettre en place puisqu’il s’inscrira, comme les autres EPI, dans la part d’autonomie laissée à la libre appréciation des établissements. Dans un contexte de réduction des dépenses, il y a fort à parier que les choix opérés sacrifieront cet enseignement.

Une attitude aussi contradictoire oblige à s’interroger sur les objectifs réels et la sincérité du gouvernement. On est en droit de se demander si cette signature, bien loin de traduire des convictions, n’est pas simplement consentie par alignement sur les directives européennes d’autant plus volontiers que ses conséquences sur la réalité de l’enseignement seront minimales.

FSU RÉUNION

[1Enseignement Pratique Interdisciplinaire


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