Di sak na pou di

Tous pour...Tous contre...

Témoignages.re / 12 décembre 2012

Mariage pour tous : le débat se poursuit

NDLR : Dans son édition du vendredi 8 décembre, "Témoignages" a publié un courrier de Raymond Lauret donnant un point de vue sur la marche du collectif "Tous pour le mariage homme-femme" prévue pour le dimanche suivant. Hier, au lendemain de cette marche, "Témoignages" a donné son analyse de l’événement. Raymond Lauret a son point de vue, nous le reproduisons ci-après. Pour sa part, Marie-Hélène Berne a une opinion différente de celle de Raymond Lauret. Le débat continue.

Un homme, une femme, un papa, une maman, un pilon, un calou... (métaphore poétique d’Albert Ramassamy...) Voilà ce que réclamaient tous ceux qui, se défendant d’être homophobes, condamnent le mariage entre personnes du même sexe. A ces manifestants de dimanche 9 décembre, tout de blanc vêtus (pourquoi le blanc au fait ?)j’ai envie de poser quelques questions qui me semblent laissées de côté comme la poussière qu’on pousse sous le tapis.

Ils se font les chantres de la famille, la vraie, la seule à donner le bonheur aux enfants. Image d’Epinal : un père et une mère souriants et dynamiques, un petit garçon, une petite fille assis à l’arrière du break avec le chien gentil. Vision idyllique s’il en est... Où sont les familles monoparentales si nombreuses dans notre île, dans notre pays ?

D’ailleurs ont-elles le droit de s’appeler familles puisqu’elles ne possèdent qu’une mère dans la plupart des cas ? Les aléas de la vie font que les couples peuvent divorcer (le gros mot...) se séparer et casser de la sorte la sacro-sainte cellule familiale. Une mère seule, un père seul ne peuvent-ils pas élever convenablement leurs enfants ? Il y a également les femmes abandonnées par leur compagnon, celles qui se retrouvent enceintes sans l’avoir vraiment choisi et qui doivent faire face à leur situation de mère célibataire. N’ont-elles pas le droit de parler de leur famille en évoquant leur situation ?

Comment ne pas évoquer aussi toutes les violences intra familiales qui se développent au sein de nombreux foyers, violences qui sont loin d’être épanouissantes pour les enfants quand elles ne débouchent pas sur des drames qui les brisent à jamais. Les suicides d’enfants, les abus sexuels, les brimades quotidiennes se passent au sein de ces fameuses familles tant vantées par le blanc cortège. Les enfants non désirés sont en grande souffrance toute leur vie et ne deviendront pas des adultes souriants et dynamiques. Un enfant a besoin d’amour, de respect, pour passer une enfance digne de ce nom. J’estime que deux personnes, quel que soit leur sexe, qui se battent pour avoir le droit d’élever des enfants ont pris conscience de l’importance de leurs responsabilités et seront certainement plus déterminées à assurer leur rôle parental que deux personnes de sexe opposé qui se retrouvent parents sans l’avoir profondément réfléchi.

Il n’y a pas que les parents qui forgent la personnalité de l’enfant, il y a la fratrie, les grands-parents, les amis, les enseignants qui gravitent autour de lui.

Personne n’est parfait, personne ne possède la vérité sur la façon d’éduquer et combien de géniteurs sont vraiment à la hauteur de leur tâche ?

Tant de facteurs extérieurs sont une entrave au bien-être éducatif qui devrait la règle : le chômage, la précarité, la promiscuité dans certains logements, la perpétuation du patriarcat, la place allouée à la femme dans la société, l’éducation empreinte de machisme, les stéréotypes féminins masculins véhiculés dans les médias, la violence érigée en mode de fonctionnement dans les rapports sociaux et familiaux... Elle est loin la photo figée du couple harmonieux et hétérosexuel qui avance main dans la main vers un destin fabuleux…

Dans ce contexte, ne devrait-on pas unir, tous, religieux et laÏques, nos efforts pour changer les choses et offrir à nos enfants une société meilleure, meilleure pour tous. 

Marie-Hélène Berne


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