Di sak na pou di

Tout le monde fait son mur

Témoignages.re / 12 novembre 2009

Journée exceptionnelle, journée de fête, celle de la liberté : alors que les festivités historiques ont démarré ce lundi 9 novembre pour commémorer le 20ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin sous les coups de boutoir de la population allemande, je me rappelle, je me souviens. Comme si c’était hier. J’étais allé voir le « mur de la honte » quelques mois avant sa chute, le visiter, le sentir, le toucher, de part et d’autre.
J’étais présent, j’étais témoin, armé d’un appareil photo, aux côtés du ministre de la Culture Jack Lang et parmi mes collègues conseillers de l’Action culturelle. En pensée, ce lundi, j’ai refait le parcours.
Vingt ans auparavant, j’avais été impressionné par ce mur : d’un côté, la soldatesque ; de l’autre, des artistes, qui se donnaient de toutes leurs forces pour exprimer leur colère. Je me souviens, je me rappelle, je n’ai pas oublié cette phrase d’un étudiant, un dénommé Pascal : « Ici, nos larmes se transforment en neige ! ». La neige, immaculée, innocente…
Vingt ans après, l’actu fait le mur, tout le monde fait son mur, après l’avoir fait tomber. On ne parle que de chute (tiens, durant le week-end dernier, les journaux ont parlé de « Chute dans un radier »…), d’effondrement, d’écroulement, de fin. Non, il y a aussi… le tabac qui… augmente et je ne m’en plains pas. Non, il y a toujours la faim, qui met fin chaque jour à des milliers et des milliers de nos frères de par le monde.
9 novembre 1989.
Un siècle après 1789, une autre révolution. Novembre, mois en 9, le 9, un nouveau jour, le plus beau de l’Histoire récente, après la… chute du rideau de fer. Une page d’histoire est tournée. Un symbole. Une autre Révolution d’Octobre. Et aujourd’hui, des milliers de curieux se pressent vers l’emplacement du fameux « mur de la honte », formant… une chaîne (heureusement, une chaîne humaine, joyeuse).
Oui, on va toujours à l’Ouest. A l’Ouest, il y a l’Eden. Mais, l’histoire ne s’est pas achevée le 9 novembre 1989, comme elle ne s’était pas achevée en 1789 : il faut que chutent d’autres murs, d’autres barrières (de sécurité ou autres), d’autres frontières, d’autres barbelés, d’autres « épines de barbelé » (Inch’Allah !), d’autres Bastille, d’autres Cayenne, d’autres lignes Maginot, d’autres « lignes vertes », d’autres séparations, d’autres oppressions, d’autres obstacles, d’autres « baro »…
Pour que, comme Berlin est devenue hier une seule et même ville, le monde entier ne devienne qu’un seul et même monde. Car, il est bon de se rappeler que “le Mur” n’incarnait pas qu’un régime particulier, ni les régimes de l’Est. Un symbole, vous dis-je : il symbolisait qu’en Europe, on était tout le temps sur le qui-vive, sur le pied de guerre, alors que la guerre était finie depuis 44 ans.
Je me souviens, je me rappelle des murmures, je me souviens des briques du mur, je me souviens du bric à brac. Et vous, vous souvenez-vous ? “The wall” ? « We don’t need no… » (Pink Floyd) ?…
Pour conclure, je prendrai à mon compte cette phrase de Philippe Roth dans “Exit le fantôme” : « La fin est si immense qu’elle contient sa propre poésie ». Exit ! Même dans le mot “exit”, je vois Est. Vive l’Ouest ! Vive l’Eden ! Et dire que les premiers qui ont découvert notre île s’imaginaient qu’ils avaient débarqué à l’Eden !
Ai-je “chuté”, le nez dans un rêve ? Ai-je chuté sur… un autre mur (j’entends déjà des murmures et j’ai peur des mensonges…) ?

Marc Kichenapanaïdou


Kanalreunion.com