Di sak na pou di

Travailler ? Pour quoi, pour qui ?

Témoignages.re / 26 juillet 2012

Sans entrer dans le débat qui a été engagé à l’Assemblée sur la fiscalisation des « heures sup » : une occasion de plus de faire de la politique politicienne… Gilles Carrez, président (UMP) de la Commission des finances a dénoncé « une conception passéiste et malthusienne de la place du travail dans notre Société ». Enfin, voilà une déclaration qui ouvre un vrai débat « Dans notre Société »…
Là est la question. Il ne dit pas « dans notre économie » mais il ne dit pas non plus « dans notre Société capitaliste » où l’homme est corvéable à merci : « animal laborans » comme disait Anna Harendt où la seule question est de savoir « comment » on va produire toujours plus, « travailler plus pour gagner plus », ou « homo faber », c’est-à-dire tout simplement « l’homme qui fabrique » en se posant la question du « pourquoi ».

Je ne pense pas qu’il faut opposer les deux. Le travailleur n’est pas condamné à être un abruti par le travail, condamné à subir et à ne pas penser : ça, c’est l’esclavage et on sait à La Réunion ce que ça veut dire dans le passé et aujourd’hui.
À l’hiver de ma vie, je pense que nous pouvons réconcilier la matière et l’esprit à la condition que nous permettions à tous ceux qui « œuvrent » à quelque chose, de mieux comprendre la fabrique des choses (l’éducation populaire avec les formations traditionnelles).

En essayant de donner une définition du travail tel que je le conçois, j’espère que Gilles Carrez ne me traitera pas de « passéiste ».
« Le travail est la participation de l’homme à la production, à la transformation, à la destination des biens et services matériels et immatériels, par le libre exercice de ses facultés intellectuelles, manuelles et spirituelles, assurant l’épanouissement de sa propre vie personnelle et familiale, et celui du genre humain ».
Cela veut bien dire qu’il faut penser le travail bien au-delà du travail « salarié » à l’heure payée pour un patron, mais comme une activité humaine, dans laquelle on fait entrer l’art d’être parent, toute activité domestique… les jardins familiaux, la musique, la peinture, l’organisation des loisirs, la culture, le conte, le sport, l’activité spirituelle, l’école, la politique, toute activité bénévole, et j’en passe. En ce sens, tout être humain du plus jeune au plus vieux, même s’il est Alzheimer, est en activité, ou bien c’est la mort.
L’essentiel est qu’il sache pourquoi il est actif.

Dans une recherche-action que j’avais piloté il y a quelques années avec la Direction du Travail, l’ANPE et les Missions locales, nous nous étions pris à rêver d’un grand service du développement de l’activité humaine à La Réunion (sans suite…).
Cela me fait toujours mal dans notre péï où il y a un si grand nombre de chômeurs, de voir qu’on intitule « Pôle emploi » le lieu où un grand nombre sait très bien que ça n’est pas ou plus pour lui, alors qu’il exerce ou voudrait exercer, ou mieux qualifier son activité domestique ou bénévole. Serait-ce une révolution d’avoir dans chaque commune un « pôle activité » où se côtoieraient les acteurs du salariat et les acteurs du développement humain. Cela pourrait peut-être inspirer la volonté du Conseil général d’une meilleure gouvernance pour les CCAS, bien placés pour cela, et arrêter l’éternel clivage entre actifs et soi-disant inactifs, travailleurs et chômeurs : tous ensemble producteurs de biens et de services et créateurs qualifiés d’un développement « endogène » (?). L’économique, c’est tout cela pour notre survie.

Marc Vandewynckele


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