Di sak na pou di

Travailler pour vivre ou vivre pour travailler ?

Témoignages.re / 5 juin 2010

DEPUIS longtemps déjà, et encore plus depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République française, ils mènent une ardente campagne pour faire reculer l’âge de la retraite, que François Mitterrand avait légalement fixé à 60 ans. Leur principal argument : les Français vivent plus longtemps, leur espérance de vie s’est allongée. Mais ils oublient de dire que lorsqu’ils arrivent à cet âge, s’ils arrivent, la plupart de leurs compatriotes ne sont plus capables de travailler et ils n’aspirent qu’à une retraite décente, bien méritée.
Il y a sept ans, mois pour mois, en juin 2003, le directeur du "Monde diplomatique" d’alors, Ignacio Ramonet, ouvrait ainsi son éditorial :
« Occulté par les grands médias, un document décisif est passé inaperçu : le rapport publié par l’Organisation internationale du travail (OIT) dénonçant le fait que, chaque année dans le monde, 270 millions de salariés sont victimes d’accidents du travail et que 160 millions contractent des maladies professionnelles. L’étude révèle que le nombre de travailleurs morts dans l’exercice de leur métier dépasse, par an, les deux millions... Chaque jour, donc, le travail tue 5.000 personnes ! Et ces chiffres, signalent le rapport, sont au-dessous de la réalité ».
En France, chaque année, selon la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), 780 salariés sont également tués par leur travail (plus de 2 par jour !). Là aussi, ’les chiffres sont sous-estimés’’. Et il y a 1.350.000 accidents du travail environ, ce qui correspond à 3.700 victimes par jour !, soit pour une journée de huit heures à 8 blessés par minute...
Cette souffrance silencieuse, cette redevance versée à la croissance et à la compétivité, les défenseurs du peuple l’appelaient jadis l’"impôt du sang". À l’heurede se pencher sur la question des retraites, il convient de garder ce tribut en mémoire. Et de songer aux centaines de milliers de salariés qui n’atteignent la fin de leur vie active qu’usés, échinés, délabrés. Sans pouvoir profiter de leur troisième âge. Car, si l’espérance de vie a augmenté, cela se traduit aussi, en raison des séquelles de l’activité professionnelle, par une explosion des maladies du retraité : cancers, affections cardiaques, dépressions, attaques cérébrales, handicaps sensoriels, arthrose, démences séniles, Alzheimer, etc.
Cela rend particulièrement répugnante l’attaque contre le régime des retraites. Une attaque coordonnée, entraînée par les moteurs de la mondialisation libérale — G8, Banque mondiale, OCDE... — qui, depuis les années 1970, conduisent une offensive contre la Sécurité sociale et l’État-providence. Relayée par l’Union européenne, dont les chefs d’État, de droite et de gauche (M. Chirac et M. Jospin pour la France), ont décidé, lors du sommet de Barcelone, en mars 2002, de repousser de cinq ans l’âge de départ à la retraite ».
Voilà qui éclaire d’une lumière crue la réalité vécue par un grand nombre de (page travailleurs, en France et dans le monde. Ce que le journaliste nous fait découvrir, ou redécouvrir, dans une analyse remarquable et émouvante, sur la base de renseignements les plus officiels, est encore plus vrai aujourd’hui que la mondialisation marchande avance à grands pas, laissant derrière elle d’incalculables dégâts, — à l’image de la marée noire qui menace en ce moment les rivages de l’Amérique. Et pour revenir à la question des retraites, prenons garde à ce que cette réforme défendue becs et ongles par le gouvernement ne se tourne en définitive contre les travailleurs et qu’elle les sacrifie sur l’autel du capital.

 Georges Benne 


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