Di sak na pou di

Tu t’indignes, je m’indigne, indignons-nous...

Témoignages.re / 8 décembre 2010

Depuis quelques semaines, le panneau posé à l’entrée de Saint-Denis, Sin-Dni, fait couler l’encre de certains pour alimenter le courrier des lecteurs. Ils sont saisis d’une frénésie épistolaire pour déverser leur indignation, leur horreur, leur désarroi, leur tristesse, leur désolation... Ils ont l’indignation facile car, après tout, il ne s’agit que d’une inoffensive pancarte mentionnant en créole le nom de la ville. Les réactions disproportionnées qu’a toujours suscitées l’usage de la langue créole sont loin d’être calmées.
Par contre, savoir que la présidente de l’IRT, fraîchement promue députée par la grâce de l’UMP, méprise de façon grossière et scatologique la langue parlée depuis 3 siècles par les Réunionnais est un véritable sujet d’indignation. Comment peut-elle promouvoir l’île (mon île...), sa culture, ses traditions, son peuple, si elle n’est pas respectueuse et admirative de tous les paramètres qui font le charme et la spécificité de La Réunion ? Il n’est pas étonnant ensuite que des phrases profondément racistes sur les Cafres aient pu être imprimées sur le site de l’IRT sans qu’un de ses responsables ne s’en émeuve. « Ils ne sont pas là avec ça » comme leur chef hiérarchique...
Autre sujet d’indignation, la coquette subvention de 173.000 euros versée à l’ASR, une toute nouvelle association, très proche de la 2ème vice-présidente de la Région, Nadia Ramassamy. La chasse au gaspillage prônée par certains élus de la nouvelle majorité a du plomb dans l’aile et fait du tri sélectif dans sa vigilance...
Question gaspillage, il y a d’autres cas. Nicolas Sarkozy avait promis avant son élection qu’il n’y aurait plus un seul SDF mourant de froid en France... Paroles de candidat.
Le coût de son super avion présidentiel aurait pu se transformer en centres d’hébergement convenables assurant aux hébergés, les naufragés de la vie, la halte dont ils ont grand besoin en hiver. Beaucoup possèdent des chiens qui ne peuvent être accueillis, d’autres se plaignent de subir des vols dans les centres existants...
De toute façon, l’accueil des personnes en grande difficulté ne fait pas partie des priorités gouvernementales, chaque période de grand froid, inévitable en France, a l’air d’être une véritable surprise pour les pouvoirs publics, et cela dure depuis des années.
Au Qatar, ce n’est pas le froid qui est prévisible, mais la forte chaleur. Les amis du foot, eux, ont envisagé la pénibilité du climat et on entend parler de climatisation des stades pour que les joueurs surpayés du monde entier puissent s’éclater. On croit rêver, climatiser des terrains de foot en région désertique pendant que des gamins font les poubelles pour manger et que des sidéens meurent par manque d’argent pour se soigner... Vive le foot...
Et toujours dans les questions d’argent, revoici le Téléthon de fin d’année. L’État n’a pas les moyens de financer la recherche médicale (on se demande pourquoi).
Ce n’est pas une priorité nationale (on se demande pourquoi, aussi) et on fait sempiternellement appel à la charité publique. Les "people" et autres vedettes se succèdent à la télé pour nous réclamer des sous, et eux, participent-ils à cet effort financier réclamé ?
Tu t’indignes, je m’indigne, on a tous nos indignations ; ce qui me paraitrait tragique, c’est de perdre cette faculté et de tomber dans la sinistre apathie de l’acceptation complice.

Marie-Hélène Berne


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