Di sak na pou di

Un cauchemar durable

Courrier des lecteurs de Témoignages / 17 décembre 2015

Dimanche 13 décembre, les Réunionnais ont voté majoritairement pour reconduire à la Région le candidat qui porte le fameux projet de Nouvelle Route du Littoral dont nombre d’électeurs semblent convaincus qu’il va résoudre les problèmes de circulation. Mais dès le lendemain de cette élection, les pannes successives de trois camions, survenues lundi et mardi, ont provoqué de gigantesques embouteillages entre Saint Paul et Saint Denis au point que les médias évoquent un véritable « cauchemar » pour des dizaines de milliers d’automobilistes.

Le simple bon sens peut faire comprendre que ce type d’incident, quand il se produira dans quelques années sur la future route que veut construire Didier Robert, aura exactement les mêmes effets, la différence étant que les embouteillages massifs auront lieu cette fois sur un viaduc long de 5,4 km et passant trente mètres au-dessus de la mer. Viaduc qui, rappelons-le, sera plus étroit que les digues (perte de 5 m sur la largeur) et ne comportera dans le sens Saint-Denis La Possession, qu’une seule voie dédiée aux véhicules particuliers, l’autre étant réservée au transport en commun.

Seule une véritable réduction du trafic automobile pourrait avoir un effet bénéfique sur les problèmes de circulation. Or, la construction de grandes infrastructures routières a exactement l’effet inverse, elle a toujours comme conséquence de mettre sur la route encore plus de véhicules. Ainsi, l’ouverture de la route des Tamarins a fait passer, en peu de temps, le trafic sur l’actuelle route du littoral, de 50 000 véhicules/jour à 60 000 véhicules/jour ! Pour réduire le trafic des véhicules particuliers, il n’y a qu’une seule solution, c’est le développement du transport en commun en site dédié comme une voie ferroviaire par exemple, afin d’éviter que le véhicule, bus ou tram, ne soit lui aussi pris dans les bouchons comme c’est le cas actuellement.

Mais aujourd’hui, notamment à la suite du vote du 13 décembre, la perspective d’un transport ferroviaire s’éloigne durablement. Car, quoiqu’en dise Didier Robert, et malgré les chantiers des deux échangeurs en construction à la Possession et à la Grand Chaloupe, le chantier de la NRL, lui, est encore devant nous. La construction de la route proprement dite, ne pourra réellement commencer que lorsque sera résolue la question de l’approvisionnement en roches massives. Au vu des procédures nécessaires, il n’y aura pas d’ouverture de méga carrières en 2016 et, si les riverains de Bois Blanc, Bellevue et des Lataniers se mobilisent, il n’y en aura peut-être pas non plus en 2017. Ce chantier accumule déjà les retards et va mobiliser toutes les capacités financières de la Région pendant de longues années.

Le « cauchemar » vécu par les automobilistes ces deux derniers jours risque donc de se répéter régulièrement dans les années à venir. D’autant plus que le projet ferroviaire que la Région a dans ses cartons, le RRTG (Réseau Régional de Transport Guidé) coutera plus de 4,5 milliards d’euros et nécessitera de construire une infrastructure parallèle à la route des Tamarins afin de faire passer ce futur train. Autant dire que la poursuite du projet de la NRL repousse toute alternative au tout automobile à l’horizon 2035-2040.

Jean-Pierre Marchau
Elu Europe Ecologie Les Verts Réunion


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