Di sak na pou di

Un crime contre l’humanité demeure un crime

Témoignages.re / 6 janvier 2010

Aussi complexe soit-il, un crime contre l’humanité demeure un crime.
Si le criminel est un SDF, un pauvre bougre ayant des difficultés à vivre, l’exonérera-t-on de son crime au prétexte de sa pauvreté ?

Je ne puis que faire état de ma perplexité de lire que, parlant d’esclavage, des historiens s’engagent sur une pente aussi dangereuse. À supposer même qu’il ait pu exister des propriétaires d’esclaves qui, pauvres comme job, se soient montrés compatissants envers leur(s) esclave(s), ils n’en demeure pas moins qu’ils furent d’abord et avant tout des humains acceptant d’avoir la propriété d’un autre être humain.

Relisons Nuremberg où fut élaborée la notion de crime contre l’humanité et sa définition : le crime est constitué dès l’instant où l’humanité de l’autre est niée.

Si je m’adjuge le droit de propriété sur un autre humain, je le ravale au rang d’objet, de "bien meuble" comme on disait alors. Et peu importe que le propriétaire ait été pauvre, gentil, souriant, n’usant ni du fouet ni des fers : l’esclave, même dépourvu de chaîne, portait celle de l’absence totale de ses droits humains et, de ce fait, n’avait d’autre statut aux yeux de son “maître” que celui du chien du “maître”, même s’il était tout autant “choyé”. C’est cela qui est constitutif du crime intolérable.

Je m’interroge, lisant les interventions de personnes que j’estime : qu’est-ce donc qu’un historien qui, sans être violemment ébranlé dans les fondements même de son humanité, peut lire les états notariaux retraçant une succession faisant apparaître le nombre d’esclaves à la suite des outils et instruments destinés à l’agriculture ? Qui simplifie ? Qui édulcore ? Qui “humanise” ainsi le crime ?

Je ne dis pas pour autant qu’il faille simplifier, par contre je m’élève avec force contre tout ce qui, de près ou de loin, permettrait d’exonérer quiconque d’avoir participé à un crime contre l’humanité. Je suis indigné, révolté à l’extrême lorsque je lis que cette notion, scrupuleusement respectée lorsqu’il s’agit de la Shoah — et c’est ce qu’il faut faire — devrait souffrir qu’on commence à l’atténuer. Chercher à faire le partage entre « méchants », « acceptables » et « bons » esclavagistes est insupportable. Le crime commis avec "douceur" serait-il moins un crime que celui commis avec méchanceté ? Ce triage de café est irrecevable.

Enfin, je trouve contradictoire et malsain de se réclamer sans cesse de ses ascendants esclaves pour prétendre être légitime à exonérer certains esclavagistes "pauvres" de leur crime.
Il y eût, autour de Hitler, préconisant la liquidation des juifs, des nazis juifs. Furent-ils moins nazis que Hitler ? L’ascendance ne prouve rien, n’autorise rien, ne qualifie ni ne disqualifie. Il y a aujourd’hui, à La Réunion, des descendants d’esclaves ou d’engagés argumentant que l’esclavage ou l’engagisme les a sauvés EUX du sort que connaît aujourd’hui leur lointaine parentèle Africaine ou Indienne.
Un tel “argument” est-il recevable ? Certainement pas.
Pas plus que ne peut être reçue la thèse de ces historiens exonérant certains criminels contre l’humanité au motif qu’ils furent "doux" tandis que d’autres se montraient "durs".
Le crime contre l’humanité, le déni de l’humanité de mon prochain doit rester imprescriptible, car si s’imposait la possibilité de l’"édulcorer", immense serait le danger de voir le crime recommencer au prétexte qu’il serait appliqué avec "douceur", et pourquoi pas prétendre qu’il pourrait l’être avec "humanité" ?

Jean Saint-Marc


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