Di sak na pou di

Un trou dans la mémoire du “JIR”

Témoignages.re / 2 janvier 2012

Depuis près de trois ans maintenant, les lecteurs du “Journal de l’Ile de La Réunion” ("JIR") sont invités semaine après semaine à partir à l’exploration du passé de La Réunion. Le supplément de 16 pages intitulé “C’était hier” offre chaque dimanche la récolte d’une impressionnante “collecte historique” entreprise par Daniel Vaxelaire et son équipe.

La richesse de cette pêche quasi miraculeuse laisse pantois : documents souvent inédits, témoignages de familles sur tous les temps de la vie d’antan, carnets de voyage, cartes postales, photographies en tout genre, lithographies, “vieux papiers pas jetés” sortis des boîtes à chaussures familiales, croquis, plans, etc.

La quantité des thèmes abordés est innombrable. La diversité des lieux et des époques évoqués est étonnante, quand on la rapporte à l’espace modeste de l’île et à son histoire relativement courte. Les précisions qui fourmillent dans toutes ces pages dénotent l’ampleur du travail de recherche effectué, et la forte volonté de faire revivre notre passé réunionnais.

Le lecteur ne peut que se réjouir de cet appétit toujours vif pour cultiver notre mémoire historique réunionnaise. Il se délecte de cette curiosité jamais lasse pour sauver de l’oubli notre patrimoine, et ressusciter les mœurs d’avant-hier et d’hier. Lui vient alors un étonnement, léger en début de parcours, et puis de plus en plus insistant après trois ans de cette aventure… Pourquoi, mais pourquoi donc le champ des investigations du "JIR" dominical, qui s’avère quasi illimité au fil des semaines, des mois et des années, s’est-il abstenu — jusqu’à aujourd’hui ! — de redonner vie à son PROPRE PASSÉ, d’opérer un flash-back documenté sur ses PROPRES ARCHIVES, d’aller explorer tout près dans SA PROPRE DEMEURE ?

Remonter le sillon tracé par le “JIR” au long des décennies passées, qui pourrait nier l’intérêt historique d’une telle exploration ? Que le “JIR” se penche sur son passé, et tout particulièrement sur son passé politique ! Voilà le sujet que tout Réunionnais friand de patrimoine attend avec gourmandise !

L’histoire du “JIR” a tout simplement échappé à la boulimie historique du chroniqueur ! Et pourtant ! Les documents, les articles, les titres de “unes” et les photos sont là, à portée de main, disponibles, sans recherche excessivement compliquée. Et déjà, le lecteur du dimanche se prend à imaginer une fresque sur plusieurs semaines retraçant l’“épopée” du "JIR". Il se prend à imaginer une série qui exhumerait le panorama politique d’un organe de presse qui a marqué notre histoire.

Ce retour en arrière permettrait de prendre la mesure de l’engagement constant du “JIR” aux côtés des forces conservatrices, depuis sa création. Il mettrait en évidence sa fidélité sans faille à la cause du maintien des privilèges de la société coloniale. Il remettrait en lumière son soutien permanent aux fraudeurs du suffrage universel et aux brutalités des forces de répression. Il rappellerait son appui aux tenants de l’apartheid. Plus de 60 ans sur la brèche, du côté de la réaction, des riches et des puissants, cela mérite bien un “travail de mémoire” à la hauteur de l’entreprise.

Ce “raté” de la mémoire du "JIR" ne peut qu’inciter l’observateur à trouver des explications. La nôtre est claire : le “JIR” dans son combat au quotidien, et sur la longue période (1951-2011) ne s’est jamais trompé d’adversaire principal. Il a toujours ciblé le Parti Communiste Réunionnais et ses dirigeants, à commencer par le premier d’entre eux, Paul Vergès. Décennie après décennie, c’est toujours contre le P.C.R. et ses luttes au service du peuple réunionnais que le "JIR" a rompu des lances, car c’est de là que vient le DANGER pour les classes sociales qui sont “du côté du manche”.

Aujourd’hui le combat est le même qu’hier. Tout aussi implacable, tout aussi acharné qu’hier, mais qu’il convient aujourd’hui de masquer, de maquiller, d’estomper. “Modernisme” oblige… le “JIR” pense pouvoir donner aujourd’hui des bons points de démocratie, des diplômes de “défenseurs des plus pauvres”, et même des leçons d’engagement “communiste” !

Le “JIR” a l’illusion qu’il peut se refaire une virginité politique en tirant un trait sur son lourd passé inscrit dans la fraude, la violence et la répression. Voilà pourquoi il n’a jamais sorti le moindre “C’était hier” sur ses “glorieuses” archives, qui constituent, à leur façon, un témoignage irremplaçable sur notre histoire commune.

Alain Dreneau


Kanalreunion.com