Di sak na pou di

Une abstention de masse inacceptable

Témoignages.re / 9 juin 2014

Près de huit électeurs réunionnais sur dix – 20,36% de participation –, ne se sont pas déplacés aux européennes. Il en est de même dans l’ensemble de la circonscription Outre-mer. C’est proprement inacceptable. De ce fait, la victoire de nos élus de la circonscription Outre-mer – 83 % d’abstention –, repose sur une base démocratique étroite qui questionne leur capacité à représenter nos populations d’Outre-mer.

C’est une crise de la démocratie dont il convient de prendre la mesure, d’autant plus qu’il s’agit d’une tendance historique lourde. Le taux d’abstention n’a cessé d’augmenter dans toute la circonscription : 72, 23 % en 2004, 78, 74 % en 2009 et 83 % en 2014. A La Réunion, de 73 % en 2004, elle passe à 77 % en 2009 pour atteindre près de 80 % en 2014. C’est d’autant plus inacceptable que l’Outre-mer est la première bénéficiaire des fonds européens et que le Parlement européen a aujourd’hui de réelles compétences en matière législative, budgétaire et de contrôle.

Diverses raisons sont avancées, ici et ailleurs, pour expliquer ce désintérêt croissant pour l’enjeu européen : une Europe perçue comme trop lointaine et sans enjeu sur notre quotidien pour certains ; une Europe de contrainte et d’austérité pour d’autres ; une élection de « second ordre » et des députés perçus comme lointains pour tous ; des questions en débat qui ne mobilisent pas ; une campagne électorale trop courte ; un déficit de communication sur l’Europe et les questions européennes ; le désintérêt de certains médias et le détournement de l’objectif de ces élections par l’opposition et certains électeurs qui y trouvent un moyen pour sanctionner le gouvernement en place.

Cette abstention de masse chez nous doit interpeller tout un chacun, particulièrement nos décideurs et acteurs politiques et certains médias. Ces derniers portent une lourde responsabilité dans ce dépérissement du politique, donc dans l’affaiblissement de la démocratie. Les électeurs entendent parler de l’Europe qu’une fois tous les cinq ans à l’occasion des élections européennes. Et une fois élu au Parlement européen, le député de la circonscription, à l’accoutumée, n’offre aucun retour sur son travail aux électeurs de sa circonscription. Je souhaite que M. Younous Omarjee, notre député nouvellement élu, viendra régulièrement nous informer de son travail, d’autant plus qu’il s’est posé la question de sa propre responsabilité dans cette abstention massive.

Si une meilleure communication est un des remèdes à l’abstention, nos collectivités locales, particulièrement la Région, portent une lourde responsabilité. Le président de la Région reconnaît « qu’il y a une trop grande distance entre les Réunionnais et l’Europe », mais sans pointer sa part de responsabilité dans la présente situation » (JIR, 27/05/2014). En tout cas, son ambition « d’intégrer l’Europe dans le quotidien des Réunionnais » est un échec » (La Réunion, terre d’Europe, Dossier de presse de la Région-Réunion, 15 mai 2013).

Les occasions pour parler de l’Europe, pour la faire exister, n’ont pas manqué et ne manqueront pas, en dehors de la journée de l’Europe du 9 mai. Le programme « l’Europe pour les citoyens 2014-2020 », visant à promouvoir une citoyenneté européenne active, est une occasion pour nos collectivités locales et le monde associatif de reconnecter ou de réconcilier les citoyens réunionnais à l’Union, à l’aide d’un certain nombre d’actions. C’est peut-être la meilleure façon de combattre la montée de l’extrême droite.

Reynolds Michel


Kanalreunion.com