Di sak na pou di

Une « communauté invisible »

Témoignages.re / 18 mai 2012

C’est le titre d’un livre écrit en 1996 par Alain Lorraine, un collectif d’associations et moi-même sur la communauté réunionnaise en Métropole. Les quelque 175.000 Réunionnais qui y vivent ne sont en effet jamais reconnus en tant que tels. Ils sont quasiment absents auprès des pouvoirs publics à Paris. Leurs associations sont inaudibles. Ils ne figurent presque jamais dans les organigrammes quand sont organisées des manifestations comme les États généraux de l’Outre-mer. Ils n’occupent pratiquement aucun poste de responsabilité dans les organismes publics ou parapublics. Alors que nos compatriotes antillais sont partout.
Avec la composition du Gouvernement Ayrault, c’est La Réunion tout entière elle-même qui devient “invisible”. Trois originaires des Outre-mer en font partie. Je les connais tous les trois. Ce sont des personnes de qualité et d’expérience qui sont à leur place. Mais il n’y a pas un seul Réunionnais. Et pourtant, La Réunion est le territoire domien le plus peuplé, le plus développé, celui qui vote le plus, qui a la meilleure gouvernance, qui passe pour être le « bon élève » de l’Europe, qui est le plus imaginatif quant aux propositions pour le développement durable et l’insertion régionale.
La faute en incombe à nous-mêmes. Peut-être que notre personnel politique, aussi capable que les autres, n’a pas su se rendre indispensable auprès des puissants de l’heure. Sans doute les représentations de nos collectivités locales à Paris sont-elles trop confidentielles et pas assez présentes. Plus sûrement, à force de refuser nos spécificités, sommes-nous devenus trop assimilés. Auquel cas nous ne serions pas seulement “invisibles”, mais devenus inexistants.
Mais plus que les hommes, ce qui compte, c’est la politique qui est menée. Chacun proclame que le système ultra-marin actuel atteint ses limites. Au-delà des urgences sociales et des mesures sectorielles, il faut un nouveau projet qui rompt avec le mode de développement périphérique et marginal qui est actuellement celui des Outre-mer.

Wilfrid Bertile


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