Di sak na pou di

Une société qui attise les violences…

Courrier des lecteurs de Témoignages / 2 novembre 2014

D’un côté Jean-Pierre Técher, insatiable militant pour la défense des chômeurs, et des précaires au sein du CLE et d’AC ! Réunion, nous rappelle que de l’ère Sarkozy à l’ère libérale socialiste notre société fait de l’exclu son bouc émissaire. De l’autre, la mort dramatique de Rémi Fraisse, jeune militant écologiste, qui nous rappelle que le militantisme tue encore aujourd’hui.

Rapprocher ces deux faits d’actualité peut paraître incongru et pourtant point de hasard dans ces deux situations. Ce rapprochement nous rappelle simplement que notre société ne se construit pas impunément sur les puissances de l’argent : elle passe en force. La spéculation financière, la déréglementation pour diminuer toujours plus les coûts salariaux, la concurrence exacerbée ne peuvent se mettre en place qu’en écrasant le plus faible pour des raisons à la fois symboliques et d’efficacité productiviste. Ainsi, la libéralisation doit se faire dès le premier euro de l’assurance chômage (voir les intermittents du spectacle victimes eux aussi de cette purge expiatoire).

Aucun grand projet des firmes transnationales (Vinci, Bouygues, Véolia,…) pourvoyeurs des « grands travaux inutiles » sous le label « Public-Privé » (afin de s’enrichir copieusement et de faire payer les pertes au public) doit passer en force tel le barrage de Sivens, ou l’aéroport de « Notre dame des Landes »… sans oublier bien sûr à La Réunion notre fameuse Nouvelle Route du Littoral, et nos incinérateurs à venir. Dans tous les cas, la population doit se soumettre, les militants doivent courber l’échine, l’Etat doit devenir policier et réprimer sans fléchir. Il n’y a donc pas de hasard, ce n’est pas la théorie du complot, mais notre société libérale est intrinsèquement violente par les disparités qu’elle sécrète par l’absence de redistribution des richesses qu’elle inflige.

De fait pas de société libérale sans son cortège de recours à la force. Alors oui être aujourd’hui militant est un sacerdoce, c’est un engagement réel car notre démocratie n’est plus démocratique, le peuple est aujourd’hui maintenu à son seul acte de vote, le maintien vaille que vaille de la politique antisociale du gouvernement en l’absence de tout consentement populaire en est la preuve après des engagements sociaux et contre la finance non tenus. Cette situation interpelle frontalement La Réunion car des grands chantiers défiant l’environnement et servant les intérêts des firmes transnationales aux bénéfices scandaleux sont dans notre calendrier : la Nouvelle Route du Littoral, faire-valoir électoral mais aberration environnementale et financière, et les Incinérateurs fer de lance des bétonneurs-financiers préférés au « Zéro-Déchet » pour une île propre et protégée. La Réunion doit donc elle aussi se réveiller, les militants doivent répondre présents pour ces combats mais également pour s’inscrire dans le combat permanent de la redistribution des richesses et de la lutte pour l’emploi (combien d’emplois créés directement avec les capitaux investis dans la route du littoral et les incinérateurs au niveau du service public par exemple ?).

La population étouffe, le militantisme doit être plus que jamais l’enjeu premier de la démocratie mais ces tristes exemples nous montrent que nous devons être conscients de la mesure de ce qui nous attend et de ce que le système nous oppose. Donc pas d’angélisme sur les actes de martyres à la mode djihadiste mais des revendications éclairées et des actions déterminées. Merci à tous les Rémi Fraisse et autres Clément Méric (mort notamment pour son combat contre l’extrême droite), et rappelons-nous que nous sommes sur un territoire du marronnage, merci à tous les marrons ! Vos exemples doivent nous aider.

Didier Bouse Président d’ATTAC Réunion


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