Di sak na pou di

Vengeance

Témoignages.re / 29 octobre 2013

Quand soi-même ou un des siens vient de subir une agression innommable, il est légitime d’éprouver un désir de vengeance, ou tout simplement de vouloir faire en sorte que cette agression cesse. Mais malheureusement l’émotion a tendance à altérer le jugement et on en vient à chercher des solutions qui n’en sont pas, et à ignorer les vraies causes de l’agression que l’on subit.

La solution de tuer les requins est-elle la bonne ? Déjà, au vu des expéditions punitives infructueuses, ça paraît plus facile à dire qu’à faire. Ensuite, les premiers retours des marquages de requins montrent qu’ils voyagent sur toute la zone. Va-t-il falloir les poursuivre jusque dans le canal du Mozambique ? Enfin, si on va jusqu’au bout du raisonnement, est-ce bon pour nous et accessoirement pour l’ensemble des êtres vivants d’éradiquer les requins ? Si l’on en croit les scientifiques, il semblerait que les prédateurs jouent un rôle essentiel dans l’équilibre des milieux vivants, en éliminant d’abord les individus porteurs de maladie, mais aussi en étant eux-mêmes, lorsqu’ils meurent, source de nourriture pour quantité d’êtres vivants. Il faut bien se rendre compte que si l’on touche significativement à une espèce d’un milieu vivant on déséquilibre toute la chaîne alimentaire. Ainsi, si on surpêche les thons, on va favoriser la prolifération des méduses dont les thons sont friands et affamer les requins qui apprécient les thons. Depuis une trentaine d’années, les chercheurs des terres australes ont remarqué que les orques, faute de baleines, se sont tournés vers les phoques et qu’ils se jettent sur les plages pour avaler ceux qui dorment au bord de l’eau. On peut supposer que les requins, ayant de moins en moins à manger en pleine mer et que la réserve marine n’étant pas non plus suffisamment poissonneuses, ils en viennent à marauder davantage le long des côtes. La vraie solution donc, c’est de moins manger de thon, de ne pas permettre aux entreprises de vider l’océan en leur imposant des quotas sérieux, de créer dans l’océan Indien, comme cela existe en Méditerranée ou ailleurs, des sanctuaires ou toute pêche est interdite.

En attendant que l’équilibre revienne, il est peut-être prudent de se conformer aux injonctions du préfet. Il paraît qu’on peut glisser sans risque sur l’étang du Colosse. 

 

Jean-Pierre Espéret 


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