Di sak na pou di

Vers un printemps Grec ?

Courrier des lecteurs de Témoignages / 27 février 2015

Vive le peuple Grec ! Le premier en Europe qui manifeste sa volonté de reconquérir sa souveraineté nationale, en rejetant les politiques d’austérité imposées par la Troïka (Banque Centrale Européenne, Fonds monétaire international, Commission européenne). Le premier peuple en Europe qui a osé renvoyer à leurs chères études leurs politiciens corrompus et discrédités, droite et socialistes confondues. D’autres pays bientôt suivront leur exemple.

Les Grecs ont eu raison ! Car les hiérarques de la Troïka, les politiciens de droite et maintenant aussi les socialistes, tiennent le même raisonnement qui repose sur une vieillerie pulvérisée par le célèbre économiste Keynes il y a plusieurs décennies : la « loi de Say » ou « loi des débouchés ». Pour Jean-Baptiste Say (1767-1832) « l’offre crée sa propre demande ». Seules l’offre et la production stimulent la croissance, la demande est supposée suivre naturellement ! (par quelle magie ?).
Selon cette théorie, alléger le coût du travail permettra alors aux entreprises de reconstituer leurs taux de marge (taux de profit), pour investir et créer des emplois… bref le refrain entonné par les médias de masse depuis déjà 44 ans…

Voilà pourquoi au nom de cette idéologie ainsi résumée : « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain » la Troïka, le PS et la droite favorisent fiscalement les ménages les plus aisés. Car c’est leur épargne qui selon eux doit favoriser l’investissement et donc l’emploi par un effet de « ruissellement » (Trickle-down).
Selon ce raisonnement, il faudrait donc réduire les impôts et les cotisations sociales. Réduire l’impôt sur le revenu. Réduire l’impôt sur les sociétés qui encouragerait l’investissement.

Voilà pourquoi la troïka et les dirigeants Grecs (socialistes puis de droite) n’ont pas demandé aux armateurs immensément riches et à l’église qui possède la moitié du patrimoine immobilier du pays de payer des impôts. Par contre ils ont choisi de détruire les protections sociales (santé retraite…), baisser les salaires, brader les services publics ; (les mêmes fameuses “réformes” soit disant indispensables, dont on nous rebat les oreilles). Or aujourd’hui, tous les chiffes montrent que ce dogme fondateur de leur théorie : « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain » ne fonctionne plus… les profits d’aujourd’hui sont ponctionnés par la finance au détriment des investissements et des salaires… pour en savoir plus, voir le site de l’économiste Michel Husson (mots clés : Husson baisse tendancielle part salariale).

Les Grecs ont donc bien compris pour qui roulent ceux qui se partagent le pouvoir en alternance ou ensemble PS/Droite, en bénéficiant du soutien des milliardaires et de leurs médias.
Aujourd’hui Alexis Tsipras est au milieu du guet va-t-il se donner les conditions pour aborder sur l’autre rive ? Aura-t-il le courage de lutter contre la corruption, la fuite des capitaux. Aura-t-il la force nécessaire pour faire payer des impôts à l’église et aux riches armateurs ?
En outre, le principal problème de la Grèce est le déficit de sa balance des paiements : la Grèce importe quatre fois plus qu’elle n’exporte. Elle consomme quatre fois plus qu’elle ne produit. Là se trouve le problème principal de ce pays. L’endettement public ne pourra cesser que lorsque le relèvement du tourisme, de l’industrie et de l’agriculture permettront aux Grecs de consommer ce qu’ils produisent. C’est évident, cette politique de relance de l’économie et d’augmentation de la demande ne pourra pas donner de résultats sans mesures protectionnistes, autrement dit, sans rupture avec le traité de Lisbonne qui les interdit.

Sans ces conditions, toute politique de relance, sera un échec ! Nous souhaitons pourtant ardemment que le peuple grec réussisse. Mais ce n’est pas le moment de mettre notre tête dans le sable et refuser de regarder la réalité en face. Il est impossible de mettre un terme aux politiques néolibérales d’austérité sans s’affranchir des principaux instruments de ces politiques néolibérales que sont l’euro, le traité de Lisbonne, et toutes les institutions européennes. Comme il paraît peu réaliste d’obtenir l’accord des Vingt-Huit sur ces questions, il faut bien envisager la seule issue qui demeure : une sortie unilatérale de la Grèce de l’euro et de cette Union Européenne à reconstruire avec d’autres valeurs : la démocratie étendue au domaine économique, la solidarité, la coopération, le co-développement, entre pays souverains !

Didier Le Strat (Mouvement Politique d’Emancipation Populaire)


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