Di sak na pou di

Vers un retour du colonialisme français à la COI

Témoignages.re / 20 janvier 2014

11 janvier 1984-11 janvier 2014 : la COI fêtait aux Seychelles dernièrement la signature de l’accord international créant l’organisation des îles de l’océan Indien. Le 10 janvier 1986, la France fait officiellement son entrée par l’acte d’adhésion (acceptée par les 3 Etats co-fondateurs), AU TITRE de La Réunion. 30 ans plus tard, la France par le biais de sa représentante (l’Ambassadrice Ledoux) nommée ex facto principis par Son Excellence Laurent Fabius a considéré que les élus réunionnais n’étaient pas habilités à représenter son territoire de l’océan Indien au sein d’une instance internationale. Un camouflet pour la démocratie réunionnaise et un retour vers un état d’esprit colonialiste français dans la zone. Une attitude condamnée conjointement par les deux collectivités.

Que s’est il passé aux Seychelles à l’occasion des cérémonies des 30 ans des Accords de Victoria ? Dans les communiqués et photos officiels, pas une seule fois les élus réunionnais présents et invités (Didier Robert et Roland Robert, Président de Région et 1er Vice-président du Département) n’ont eu le droit d’apparaitre officiellement ni de s’exprimer. Pire, le Secrétariat de la COI a (volontairement ?) omis de citer leur présence dans les délégations officielles ayant participé à l’événement. Pour quelle raison ? Sous l’ordre de qui ? Un précédent inédit dans l’Histoire de cette organisation qui a toujours respecté la représentation tripartite du territoire France/ Réunion (Etat, Région et Département).

Force est de constater que l’attitude et le rôle dévolu à la nouvelle Ambassadrice de la Coopération Régionale dans l’océan Indien (qui n’y habite même pas et qui n’a aucune compétence et connaissance notoire de cette zone et de ce métier) ont contribué à cette attitude arrogante de la France au mépris des élus réunionnais. Quelle image de La Réunion et des Réunionnais la France a donné aux Etats de la COI en traitant de la sorte ses représentants élus ? Quel mépris également envers le peuple réunionnais. S’achemine t-on vers un retour du colonialisme dans cette institution et dans la zone alors que les objectifs initiaux de la création de cette organisation étaient de lutter contre toute forme de domination et d’impérialisme.

Alors que les cérémonies organisées aux Seychelles fêtaient la naissance il y a trente ans de la COI en présence des délégations des différentes îles, des faits historiques et notamment le contexte de cette création sont nécessaires d’être rappelées. Parmi ces motivations figurent les revendications du Mouvement des Non-Alignés (contre les blocs américano-européen et sovietique) : refuser tout impérialisme et domination. Il faut rappeler que des Réunionnais au sein notamment d’une organisation progressiste comme le PCR (Parti Communiste Réunionnais) ont contribué activement à la conception de la COI aux cotés des co-signataires de ces Accords. Avant 1984, au sein de la Conférence des Partis Progressistes de l’océan Indien qui se réunissait souvent à Victoria, le principe de la création de la future COI avait été adopté. Ce n’est qu’en 1986 que la France/Réunion (et non la France seulement) est devenue membre à part entière de cette organisation dont le protocole d’adhésion stipule expressément sa représentation au sein de ses instances par le Préfet de La Réunion ET les élus de la Région et du Département.

Force est de constater eu égard à la lettre cosignée par la Région et le Département que ce protocole d’adhésion ainsi que la pratique constatée à toutes les conférences ministérielles de la COI ont été bafoués par le Quai d’Orsay. Le résultat 30 ans après concernant le traitement que réserve la France aux représentants réunionnais est affligeant : discourtoisie, mépris et attitude rétrograde.

Alors que le Président François Hollande dans sa dernière conférence de presse a fixé le cap en matière d’orientation des futures politiques de décentralisation visant à moderniser les territoires en leur confiant plus de responsabilité, le comportement de l’Etat français vis-à-vis des collectivités réunionnaises dans leur Action Internationale va a l’encontre de ces orientations. Cela est d’autant plus surprenant que durant la dernière décennie, la représentation de la France au sein de la COI a régulièrement été confiée aux élus de La Réunion, en application des dispositions de la LOOM (Loi d’Orientation pour l’Outre Mer de 2000).

Faut-il comprendre que le Gouvernement français veut réduire le rôle de la Région Réunion et du Conseil Général qu’à leur participation financière ? Comment convaincre le contribuable réunionnais de faire de la Coopération Régionale si en même temps on déni a ses représentants élus d’assumer leurs responsabilités.

La démarche salutaire de Didier Robert et de Roland Robert est aussi un acte fort et significatif dans l’Histoire des Relations Internationales contemporaines de l’île. Les deux exécutifs locaux, de sensibilités politiques différentes s’unissent et parlent d’une même voix pour défendre les intérêts de La Réunion sur la scène internationale. Un acte qui exprime la nécessité pour La Réunion et ses institutions d’être pleinement acteurs d’une politique extérieure cohérente et unitaire en partenariat et en complémentarité avec la diplomatie française.

Christophe ROCHELAND


Kanalreunion.com