Di sak na pou di

Vivement l’unité de notre peuple !

Témoignages.re / 13 août 2009

Comment ne pas passer par des états d’âme amers quand on est « Zorèy » et qu’on lit sur les murs de la ville « Zorèy déor » ? Comment alors ne pas se sentir rejeté par une population dont on croyait qu’elle vous accueillait les bras ouverts ?
Que dire de la Mahoraise blessée par de multiples « Komor déor » s’étalant ici et là ? Pour être moins directes, les attitudes de certains d’entre nous n’en sont pas moins porteuses de conséquences pénibles pour d’autres personnes. La descendante et le descendant des premiers Indiens arrivés ici ne s’entendent-ils pas encore traiter de « Malbar la trip gouni » ? Ne se souviennent-ils pas que leur grand-mère se faisait repousser sous prétexte que « sounouk Malbar i san bétèl » et que ses Dieux étaient des « bébèt malbar » ?
Le Réunionnais d’origine africaine peut-il oublier qu’aujourd’hui encore, il passe pour laid et bête quand ce n’est pas pour une brute sauvage ?
Le « Zarab » et sa fille ont toujours l’impression que des yeux méfiants scrutent leur bazu et leur grande robe : que cachent-ils donc là-dessous ?
Le « Shinoi » n’a retiré de ses activités commerciales que soupçons et mauvaise réputation : sa supposée avarice ne l’amènerait-elle pas à consommer les asticots grouillant sur de la viande avariée ?
Quant au Réunionnais d’origine malgache, on l’accuse encore d’avoir eu des ascendants paresseux.
Pouvons-nous aller vers le respect de chacune des composantes de notre population avec de telles catégorisations ? Pouvons-nous espérer savoir un jour écrire « peuple réunionnais » au singulier ? Pouvons-nous revendiquer pour nos enfants la fierté d’appartenir tous à un même peuple uni et solidaire ? Oui ! Si nous avons la volonté de nous réconcilier avec l’histoire de nos ancêtres. Oui ! Si nous nous réclamons d’un héritage commun, riche, digne, respectueux des uns et des autres. Oui ! Si, nous appuyant sur la richesse de notre diversité culturelle, nous nous projetons dans une démarche unitaire.
L’école aurait dû nous apprendre ce que l’Europe, l’Inde, Madagascar, la Chine et les Comores ont apporté à notre île pour aller à la conquête de notre unité. Elle ne l’a pas toujours fait. Mais il n’est jamais trop tard et nous devons nous doter d’autres moyens pour le faire.
La Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise peut être un de ceux-là. J’y crois !

Daniel Honoré


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