Di sak na pou di

Vivement un dictionnaire français-créole.

Témoignages.re / 4 avril 2012

Les Réunionnais pratiquent deux langues de façon courante et quotidienne. Sauf erreur de ma part, il n’existe pas de dictionnaire français-créole réunionnais. Certes, on peut trouver ici ou là quelques éléments sur Internet sans garantie d’authenticité. Mais, à ce jour, je n’ai pas trouvé l’équivalent du "dictionnaire kréol-français" d’Alain Armand ou du "grand lexique créole" d’Armand Gunet, mais dans le sens français-créole réunionnais. Cela ressemble trop à un message subliminal : il est utile et important que les créoles sachent traduire leurs paroles et leurs écrits en français alors que l’inverse n’aurait aucun intérêt. Cette absence me frustre beaucoup car je voudrais bien pouvoir utiliser le créole plus souvent.
En effet, je suis un Zoréole de longue date puisque 71% des Réunionnais connaissent leur île depuis moins longtemps que moi (arrivé fin 1965, il y a 47 ans, plus de 573.000 Réunionnais sont nés depuis. N.B. : la pa moin lotèr !). Peu m’importe la graphie utilisée, du moment qu’elle se distingue clairement et nettement du français pour éviter toute confusion. Soit on lit un texte en créole, soit on lit un texte en français. Les lettres k, w et z souvent mises à l’index font bien partie de l’alphabet français tout comme le x, le y ou le q, alors autant les utiliser. Cela ne me gêne pas. Quant au débat sur la soi-disant pauvreté de la langue créole, de quel droit peut-on "classer" les langues les unes par rapport aux autres en nombre de mots ou autres considérations farfelues.
Il n’y a pas d’échelle de Richter des langues. Aucune n’est supérieure aux autres. Chacune a son génie propre. Qu’il n’existe pas de traduction pour hémistiche ou allitération ne me semble pas dirimant. Combien de Français utilisent ces mots rares ? Comment traduire zanbrokal, piédri, békèrdklé ou bézèrdpaké ? Par des périphrases. Sa nou lé kapab fé parèy mèm ! Ma gardé mon Tirobert, pa le boug, non, le liv. I di a moin ke in patoi sé in « parler local, dialecte employé par une population généralement peu nombreuse, souvent rurale, et dont la culture, le niveau de civilisation sont jugés comme inférieurs à ceux du milieu environnant ». Sa pa nou sa. Il faut arrêter de dévaluer la langue créole, sauf à vouloir humilier une grande partie des Réunionnais qui sont déjà suffisamment en souffrance d’identité. Je demande donc à ceux qui travaillent sur le sujet de ne pas oublier de mettre au point un dictionnaire français-créole réunionnais. Une bonne façon d’honorer la langue de la majorité des Réunionnais.

Charles Durand
Le Brûlé – Saint-Denis


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