Images de notre Histoire

Responsabilité, liberté et solidarité

Billet philosophique

Roger Orlu / 11 janvier 2013

L’appel du philosophe réunionnais Arnaud Sabatier, publié par le Cercle Philosophique Réunionnais au début de cette semaine, « à ne pas oublier — dans ce concert de vœux pour le présent — les générations futures (voir Hans Jonas, "Le principe responsabilité") » nous a encouragé à en savoir plus sur ce philosophe allemand-américain et sur ce concept qu’il a défendu tout au long de sa carrière.

« Hans Jonas est né en 1903 d’une famille juive allemande. Il a étudié auprès de sommités du monde philosophique et théologique tels que Husserl, Heidegger et Bultmann. Pour des raisons évidentes, il a dû émigrer en Palestine en 1933 — année de l’accession de Hitler au poste de chancelier, et de nouveau au Canada en 1939, pour enfin s’établir à New York de 1955 à 1976. Hans Jonas mourut en février 1993 ».

Voilà sur Internet en quelques mots la biographie de Hans Jonas, dont plusieurs journalistes soulignent l’importance de son ouvrage "Le principe responsabilité", paru en 1979 et qui a participé au renouveau de la pensée éthique contemporaine. « L’auteur nous y invite surtout à penser les devoirs qui nous lient aux générations futures. Si le monde nous a été prêté par nos petits-enfants, comme le rappelle un proverbe indien, il faut tout mettre en œuvre pour que les conditions d’une vie future authentiquement humaine sur Terre ne soient pas compromises ».

Le devoir d’agir

Hans Jonas nous incite à être conscients que « les nouvelles technologies peuvent aboutir à l’extinction de toute vie sur Terre. Cette éventualité n’est pas improbable et la prise de conscience qu’elle provoque peut fonder une nouvelle éthique de la précaution, qui invite l’humanité à empêcher que le pire ne se réalise.

La thèse de Hans Jonas sur le besoin d’une éthique basée sur le principe responsabilité est donc plus que jamais actuelle. Les menaces qui pèsent sur l’humanité — en particulier en ce qui concerne les rapports entre l’humanité et la biosphère — se sont aggravées. Mais la prise de conscience de ces menaces et du caractère irréversible des implications de certains choix technologiques nous invite aussi à agir : je suis prêt à faire ce qu’il faut pour éviter le pire. Il s’agit ici du "courage d’assumer la responsabilité", en transformant sa propre crainte en devoir d’agir ».

Un projet démocratique

« La question pour nous est de savoir comment on pourrait susciter l’émergence de cette nouvelle éthique de la responsabilité, une éthique de prudence, de renoncement et de solidarité par un projet démocratique ». Ces différents extraits de présentations de l’œuvre de Hans Jonas nous font penser aux nombreux combats menés par le peuple réunionnais, depuis sa naissance il y a 350 ans, contre toutes les formes d’oppressions et d’injustices dont il a été victime de la part du régime colonial (esclavage, engagisme, apartheid social, fraude électorale, assimilation, etc.).

Au cœur de ces combats pour la liberté et le respect des droits humains à La Réunion comme ailleurs dans le monde, ce qui a permis des avancées, outre la détermination des résistants, c’est notamment l’esprit de responsabilité et la solidarité. Autrement dit, on ne peut pas être libre, si l’on n’est pas responsable et solidaire.

Partage des richesses

Aujourd’hui, de nombreux Réunionnais(e)s sont toujours porteurs de ces valeurs et de ces principes dans les combats à mener pour relever les nouveaux défis hérités du passé, auxquels nous sommes confrontés. À l’inverse, c’est vraiment avoir un comportement irresponsable et complice du régime néo-colonial si l’on ne combat pas les inégalités sociales et l’absence de démocratie réelle à La Réunion.

Dans son dernier livre, intitulé "Le prix de l’inégalité", Joseph Stiglitz rappelle que le partage équitable des richesses est une condition essentielle de la stabilité économique et du développement durable. Et dans son célèbre disque "Kaskavèl", Maximin Boyer, du groupe Kayambé, nous chante avec talent ce lien incontournable entre la responsabilité, la liberté et la solidarité : « Sant lamour, sant la zwa, viv la libèrté. Sant lamour, sant la zwa, viv dan la gété ».

Roger Orlu

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