L’instant éducation

Le nouveau calendrier scolaire est-ce trop tard ?

Témoignages.re / 19 juillet 2013

Nous l’attendions avec impatience, et pourtant cela s’est passé sans que la grande majorité de la population concernée ne soit véritablement au courant. La consultation pour décider du nouveau calendrier est close !

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La FSU notamment plaide pour La Réunion un calendrier scolaire « privilégiant, pour les périodes travaillées, les conditions climatiques les plus favorables », évitant pour cela les périodes les plus chaudes ainsi que celles de fortes intempéries.

La discussion sur le calendrier scolaire partage les Réunionnais. Alors que le calendrier actuel tend à se rapprocher d’année en année de celui de la France, il y a ceux qui prêchent pour un calendrier qui respecte plus le climat de l’île. C’est notamment en période de forte chaleur, de fermeture des écoles à cause des intempéries et du risque cyclonique que des voix s’élèvent pour militer en faveur d’un calendrier climatique. Sans pour cela trouver écho jusqu’à présent.

Or, c’est cette année que se décide le calendrier pour les trois années scolaires à venir, de 2014-2015 à 2016-2017.

Lors d’une interview accordée à notre journal, le recteur avait annoncé une très large concertation avec les acteurs concernés afin d’obtenir le meilleur consensus. Il y a effectivement eu concertation auprès d’un certain nombre d’acteurs :
- établissements des 1er et 2nd degré,
- syndicats, associations de parents d’élèves,
- associations complémentaires de l’Éducation nationale,
- acteurs du monde économique, divers instituts, organismes et administrations,
- collectivités,
- URGOGEC, université.

Cependant, le moment choisi et la forme ne permettent pas l’échange tant attendu. En effet, lancé en juin, à un moment où les établissements sont extrêmement pris par l’organisation de fin d’année et des examens (passage en classe supérieure, brevets des collèges et CFG, Baccalauréat...), la consultation sur le calendrier est passée inaperçue par les enseignants et les parents qui sont, pourtant, les premiers concernés.
Une large concertation pour un sujet aussi important aurait pu prendre la forme de débat au sein des Conseils d’école et des établissements avec les parents et les enseignants, et des spécialistes éventuellement, et sur des temps officiels. Cela ne s’est pas fait.

La forme et la durée de la consultation sont par ailleurs pointées par certains syndicats (voir courrier publié ici). En effet, cela a laissé peu de chance à une réelle consultation. Selon la FSU, qui milite pour l’application d’un calendrier climatique, « Le choix du calendrier scolaire réunionnais engage l’ensemble de la société réunionnaise et ne saurait être traité par quelques échanges de courriers. Seul un débat ouvert et associant l’ensemble des acteurs du système éducatif et les élus est digne d’un tel enjeu. L’éducation est un pilier du développement de La Réunion, sa bonne marche dépend pour une part non négligeable de son calendrier scolaire qui, tel qu’il est aujourd’hui, contribue malheureusement à l’échec scolaire ».
Le syndicat regrette en outre la période choisie qui peut faire oublier les dures réalités du climat d’octobre à mars.

Encore une fois une chape de plomb pèse sur le choix du calendrier qui sera appliqué à nos milliers de marmailles, en grande difficulté scolaire pour beaucoup. Le choix en reviendra au recteur en définitive : fera t-il le choix de la réussite scolaire des petits réunionnais ? En tous les cas il serait d’avis d’un certains d’acteurs qu’il faudrait revenir sur cette consultation et la rendre plus accessible au plus grand nombre. Un véritable débat s’impose et non pas une enquête en catimini.

Julie Pontalba

Trois alternatives proposées

« 1. Le calendrier « métropolitain » : Le territoire est divisé en 3 zones. Il obéit au principe de l’alternance 7 semaines de travail/2 semaines de repos. Les vacances d’été durent 2 mois et servent de césure entre 2 années scolaires.

2. Le calendrier « climatique » : Il propose une rentrée mi-février, donc décalée par rapport à la métropole, et une fin d’année avant le 20 décembre.

3. Le calendrier « mixte » : Il repose sur un équilibre alternant 6 à 8 semaines d’enseignement et des périodes de vacances de 10 à 15 jours, avec deux séquences de congés plus longues en décembre-janvier et en juillet-août.

Les services sont actuellement en train de recenser et d’analyser les retours. L’étude de l’ensemble des réponses sera soumise aux membres du CAEN qui se tiendra à la rentrée. La décision finale appartient au recteur qui fixera le calendrier pour les années 2014-2015, 2015-2016 et 2016-2017 en septembre. »
(Source : Service communication du Rectorat de La Réunion)
Plusieurs voix s’élèvent en faveur d’un calendrier climatique

1. Extrait du courrier de lecteur signé de Didier Bourse paru début juillet
« Les organisations syndicales de l’Éducation nationale sont invitées par le Rectorat à se prononcer en ce moment sur le nouveau calendrier scolaire à mettre en place pour les trois années à venir à partir de la rentrée scolaire 2014 parmi trois propositions de découpage (le calendrier actuel, le calendrier métropolitain, le calendrier climatique). Curieusement, ces mêmes syndicats ne savent pas quels sont les autres participants à cette consultation, sachant pour autant avec certitude qu’aucun établissement scolaire, par son Conseil d’établissement pour le second degré ou d’école pour le premier degré, n’a été consulté. Au vu d’une telle procédure et de la date limite déjà fixée au 6 juillet 2013, il semble bien que le Rectorat mette en place une consultation minimale, pour ne pas dire minimaliste. Pourquoi prendre un avis si restrictif sur un sujet de société qui intéresse les élèves, mais implicitement l’ensemble de la population dans sa vie au quotidien ? Nous savons que ce sujet a été l’objet de débats souvent virulents, mais faut-il pour autant le réserver à quelques experts ou se limiter à quelques délégations ? (...)
N’y a-t-il plus de difficultés à travailler dans la période la plus chaude et pluvieuse ainsi qu’à se déplacer sous de fortes intempéries, alors que les six semaines de vacances actuelles en juillet-août pourraient offrir des conditions sereines d’étude… il n’est pas besoin d’être docteur en sciences de l’éducation pour envisager les conséquences de ce calendrier sur l’échec scolaire dans notre académie (...).
La Réunion qui semble vouloir prendre davantage d’autonomie dans ces décisions locales en amendant l’article 73 alinéas 3 et 4 de la Constitution (suite à l’amendement dit « Virapoullé ») ne serait pas capable d’assumer pleinement le débat sur l’année scolaire qui conditionne sa vie éducative, politique, économique et culturelle. Reprenons l’initiative et faisons en sorte que les élus et chacun d’entre nous se fassent entendre pour condamner le semblant de consultation actuelle pour y préférer un débat constructif pour l’avenir éducatif de La Réunion ».

Didier Bourse

2. Jean-Yves Hilta : « Pourquoi j’ai changé d’avis sur le calendrier climatique »
« Après mon vécu en Nouvelle-Calédonie et aussi après avoir comparé les différents calendriers (Réunion, NC et Polynésie), je suis persuadé aujourd’hui que le calendrier climatique peut être mis en œuvre à La Réunion. Pour le bien de nos enfants.
Malgré l’évolution positive des structures scolaires, il y a encore beaucoup de salles de classe sans aucun système de rafraichissement d’air à La Réunion. Notamment dans les ateliers et les salles de technologie professionnelle. Il y fait très chaud en décembre et en janvier-février. Les conditions de travail sont difficiles pour les élèves comme pour les adultes. Sans parler des perturbations dues aux phénomènes naturels (fortes pluies, cyclones…).
L’expérience de la Calédonie montre bien que la période post-Bac peut être utilisée à bon escient en mettant quelques moyens à disposition de nos jeunes (cours de perfectionnement, de remise à niveau…). Elle peut aussi permettre toute réflexion sur son avenir, le murissement d’un projet, le changement d’orientation, l’exécution sans stress de toutes démarches administratives, la recherche d’un logement, etc., et contribuer ainsi à la réussite du projet personnel. Je suis certain que la réussite des jeunes Calédoniens n’est pas moindre que celle des jeunes Réunionnais. Sans compter que partir hors période de rush et de façon étalée ferait baisser la prise en charge de la mobilité de façon significative.
Il est évident que les organismes de formation locaux devront aussi adopter ce calendrier.
Il est certain que sa mise en place trouvera des opposants — ce que j’étais moi-même. C’est le jeu de la démocratie. Il faudra cependant trouver des arguments convaincants et non pas jouer sur la peur des parents et/ou du changement.
Mais il est vrai aussi que tant que le mythe des vacances de juillet-août en France perdurera, au détriment de ceux qui travaillent dans des conditions extrêmement difficiles des classes surchauffées ou dans le stress des préparatifs de départ, rien ne se fera. »

(Source : "L’Instant éducation" du 4 avril 2013)


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