L’instant éducation

Plus que jamais la lutte pour l’application des thèses de 1959

Témoignages.re / 20 février 2013

En 1959, la fondation du Parti Communiste Réunionnais reposait sur l’existence d’un peuple réunionnais dont l’histoire et la culture étaient différentes de celles du peuple de France. Une des revendications principales était la reconnaissance et le respect de l’identité réunionnaise. De ce fait, le PCR est un outil au service de La Réunion et des Réunionnais. Le PCF en a tiré les conséquences : de nouveaux rapports sont nés entre les 2 partis politiques, fondés sur les principes d’égalité et de solidarité.

JPEG - 53.8 ko

Comment expliquer qu’à La Réunion, la langue et culture régionales ne soit pas obligatoire ?
(photo Toniox)

Aujourd’hui, la population réunionnaise approche le million d’habitants ; pour l’essentiel, elle occupe une île de 2500 Km2 ; nos ancêtres débarqués de divers horizons ont créé une langue pour pouvoir exister. Malgré la domination esclavagiste, c’est cette langue, et non pas celle du dominateur, qui est devenue la principale langue pour communiquer entre tous les habitants de cette île. C’est un véritable aveu de résistance face au pouvoir qui avait enlevé au reste de la population toutes références humaines. Nous devons préserver cet héritage et en faire sa promotion pour le bien de tous. Dans cette tâche, nous comptons sur la solidarité de la partie la plus éclairée du peuple de France. Parmi les abolitionnistes, il y eut des intellectuels français. L’égalité entre les peuples doit remplacer la vieille politique de domination et d’abomination.

Le régime politique actuel dit « d’assimilation » poursuit la même logique de négation du fait réunionnais. Nos aînés ont combattu l’abomination esclavagiste puis la domination coloniale, notre tâche est de mettre fin à l’assimilation. « Nou lé pa plis, nou lé moin, respect a nou » avait dit si justement le jeune député, Laurent Vergès.
L’Ecole réunionnaise doit devenir un lieu d’excellence et un exemple de respect et d’égalité entre les cultures. Les enseignants qu’ils viennent d’ici ou de France devraient mieux connaître l’histoire du peuple réunionnais pour mieux comprendre le vécu des enfants réunionnais et s’adapter au contexte spécifique. Ils doivent s’abstenir de servir d’agents d’exécution de l’assimilation, comme d’autres étaient, hier, des exécutants zélés de l’horreur esclavagiste et de la domination coloniale. Héritiers d’une longue tradition de résistants, nous devons combattre résolument tout ce qui peut enfermer La Réunion dans l’assimilation.

Une affirmation de la culture et de l’identité réunionnaise
Depuis 59, les Réunionnais ont remporté d’immenses victoires et réussi à imposer le respect de valeurs fondamentales et des droits humains. Aujourd’hui, par exemple, si le Maloya est reconnu au patrimoine mondial de l’UNESCO, c’est grâce à la pugnacité des militants communistes et à la créativité des artistes. Les célébrations du 20 décembre et, cette année, celles des 350 ans du début du peuplement de l’île réaffirment notre attachement à une histoire singulière.

Des avancées dans le domaine social et environnemental

En 54 ans, des victoires ont permis l’amélioration des conditions de vie des Réunionnais. Grâce à l’action des députés communistes, nous avons arraché l’égalité de traitement social. Cela était nécessaire. Nos autres positions de pouvoir ont permis aussi d’agir en faveur de la protection de notre environnement comme le développement de l’énergie solaire ou la « sanctuarisation » d’espaces terrestre et marine. La lutte pour la reconnaissance de l’identité réunionnaise recouvre beaucoup d’aspects. Il y a eu incontestablement des avancées, mais nous avons encore beaucoup à faire pour que l’Ecole devienne un lieu d’épanouissement et non de mutilation culturelle et linguistique.

Poursuivre la lutte et commencer par exiger le respect de nos enfants dans les écoles

Avec le changement à la tête de l’État français, nous voyons une nouvelle volonté s’afficher, cependant cela ne doit pas faire oublier les objectifs de l’enseignement et nous devons rester vigilants. Beaucoup de questions se posent :

- Pourquoi un tel impérialisme de l’enseignement du français à une population créolophone à plus de 80% ?

- Pour quelles raisons refuser l’enseignement obligatoire de la LCR (langue et culture régionales) à La Réunion ?

- Pourquoi si peu (voire pas) de considération face à l’illettrisme dans notre « département » ?

- Pourquoi le calendrier scolaire ne prend-il pas en compte la réalité climatique réunionnaise, située aux antipodes de celle de la France ?

Pourquoi faut-il au fur et mesure gommer les réalités de notre pays au profit d’une « métropole », un concept hérité de la colonisation ? Est-ce raisonnable ? D’un autre côté, il n’y aucune prise en compte des difficultés réelles que connait notre pays. Ce sera donc à nous battre, pour faire éclater ces contradictions, aux côtés des jeunes, des chômeurs, des illettrés, qui subissent et résistent.

Julie Pontalba

Quelques extraits choisis des thèses adoptées par le congrès fondateur du PCR

III- La politique du parti

A- La formation historique de La Réunion et la réalité réunionnaise actuelle

13- Les menées agressives des impérialistes, mais aussi le changement accéléré du rapport des forces dans le monde et l’influence grandissante du mouvement communiste pose à chaque organisation communiste l’impérieux devoir de définir une politique toujours plus adaptée aux besoins et aux aspirations des masses populaires et offrant à leur lutte des perspectives claires, de prendre des mesures nécessaires pour renforcer l’organisation et élever le niveau idéologique du Parti. Cela implique un sérieux effort d’analyse scientifique de notre situation.

21- Dans le domaine culturel également, notre pays connaît la situation d’un pays colonial.

— Que ce soit dans le domaine de la langue où le français est la seule langue officielle possible, inévitable, mais où il faut reconnaître que la langue véhiculaire, couramment utilisée dans toutes les catégories sociales est le créole.

Et si pour les catégories sociales ayant un certain degré d’instruction, cette situation ne crée par un obstacle majeur, il est par contre incontestable que l’immense majorité de notre peuple dans ses relations avec l’appareil administratif, l’appareil judiciaire… connaît du fait de cette situation, d’énormes difficultés.
Certes, si ce problème est complexe, il n’en demeure pas moins qu’un Réunionnais obligé de penser de concevoir d’abord en créole et de traduire ensuite en français pour s’exprimer, se heurte à des obstacles qui le mettent en était constant d’infériorité.

Sans qu’une solution claire apparaisse dès maintenant à ce problème, il n’en demeure pas moins que dans son état actuel, il doit préoccuper chaque Réunionnais soucieux de la situation faite à ses compatriotes.

- Dans le domaine également de l’enseignement, notre pays connaît un retard catastrophique et voulu par l’impérialisme et ses agents qui n’ont besoin que de manœuvres illettrées et de quelques cadres et non de Réunionnais instruits. [...]

- Enfin, il faut signaler la tendance constante à mettre sous le boisseau l’histoire locale, à étouffer les traditions locales, surtout dans tout ce qui touche celles venant des groupes d’origine non européennes.

V- Le parti

34- Depuis notre dernière Conférence et surtout au cours des deux dernières années, face à l’offensive colonialiste, notre Parti a su affronter avec honneur ces épreuves et l’augmentation de son influence réelle est la preuve que notre peuple voit en lui la force décisive et la seule organisée dans la lutte pour ses droits sociaux et politiques, pour ses libertés et sa dignité pour sa libéralisation du joug colonial. Cette situation place notre Parti dans son ensemble et chaque communiste en particulier devant de lourdes responsabilités.

Après le congrès :

E) l’analphabétisme : une conséquence du colonialisme

Enfin sur 152 délégués ayant répondu à la question à ce sujet : 93 savent lire et écrire, 16 lisent « un peu », 42 ne savent ni lire ni écrire

Ce chiffre important d’illettrés complets et partiels est sans conteste la marque du régime colonial qui pendant des siècles a passé sur notre pays. Mais rien n’est entrepris pour faire disparaître cet analphabétisme à La Réunion — en même temps que le rythme des constructions scolaires est loin de correspondre aux besoins réels de notre population en croissance rapide.
Ces faits apportent un argument de plus à la thèse suivant laquelle notre pays reste malgré son appellation de Département français, un pays de type colonial. Comme par le passé, l’instruction n’apparaît pas comme un besoin à satisfaire pour des indigènes dont le rôle est de constituer d’abord une main-d’œuvre à bon marché.


Kanalreunion.com