L’instant éducation

Prendre en compte la réalité réunionnaise pour la réussite éducative de nos enfants

Visite de la ministre déléguée chargée de la réussite éducative

Témoignages.re / 13 juin 2013

Ce jeudi 13, La Réunion reçoit la visite de la ministre déléguée chargée de la Réussite éducative, Mme Georges Pau-Lanvegevin. L’occasion est donnée pour le PCR de rappeler ses propositions en faveur de la réussite des enfants réunionnais.

Julie Pontalba

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À La Réunion, 80% des jeunes ne parlent que créole chez eux. Cette réalité doit être mieux prise en compte.

Lutte contre l’illettrisme

Entre visite d’écoles et table ronde, la part sera faite à la discussion sur le problème de l’illettrisme et de l’apprentissage du Français en milieu créolophone. Nous pouvons saluer que l’institution lie pour la première fois le problème de l’illettrisme à celui de l’apprentissage du français en milieu créolophone. C’est sans conteste une avancée.

Tous les spécialistes s’accordent à le dire aujourd’hui, la prise en compte de la langue maternelle de l’enfant est essentielle pour la réussite scolaire de l’enfant. Les programmes scolaires français mettent l’accent sur l’orale à l’entrée des premières classes de maternelle. Cependant, en milieu créolophone, aucun lien n’est fait entre ce que préconisent les spécialistes et les programmes. Les programmes de l’Éducation nationale s’appliquent à tous les élèves sans se soucier des particularités quand bien cela touche des milliers d’enfants ici. C’est encore ce que regrette le dernier rapport de la cour des comptes intitulé « gérer les enseignants autrement ». Ce rapport préconise que les enseignants soient mutés en fonction de leur compétence et des besoins des élèves.

Créole à l’école

Le PCR milite depuis sa création, il y a 54 ans, pour la reconnaissance de la langue et de la culture des Réunionnais. Beaucoup a été fait déjà en ce sens. Par contre, le créole à l’école reste un sujet tabou à La Réunion alors que les pays de la zone (Maurice, Seychelles) ont réglé ce problème depuis longtemps.

Une vingtaine de classes bilangues et bilingues existent actuellement au primaire, mais pour l’heure la politique n’est pas d’augmenter ce nombre. Une simple formation d’un jour est proposée aux enseignants nouvellement mutés dans nos écoles, peut-on sérieusement penser que cela est suffisant pour enseigner en milieu créolophone ?

Dans le secondaire, des professeurs en langue et culture régionales sont formés et recrutés, mais il y a très peu de postes qui leur sont offerts. Cela est dû au fait que la langue et la culture régionales sont une matière facultative d’une part et soumise à la bonne volonté du chef d’établissement ou des parents. A-t-on demandé l’avis des parents pour la pratique du sport ou de l’art plastique à l’école ?

Formation et recrutement

Aussi, en accord avec les rapports des chercheurs, le PCR propose que l’accueil des enfants de maternelle soit fait par des enseignants capables de comprendre l’enfant qui n’a parlé qu’en créole avant d’entrer à l’école. Cela touche la majeure partie de la population puisque lors des journées d’appel, 80% des jeunes avouent ne parler que créole chez eux. Pour cette mesure, une habilitation en langue et culture régionales serait donc nécessaire aux enseignants qui souhaiteraient travailler en maternelle. Cela est parfaitement réalisable. Nombre d’enseignants à La Réunion possèdent cette habilitation.

Le PCR propose que la langue et la culture régionales ne soient pas qu’une matière facultative, mais qu’elle soit une matière entière dans notre île. Cela participera d’autant plus à « l’estime de soi » de l’enfant réunionnais, qui est un élément important de la réussite scolaire.

Il s’agit d’une volonté politique.

Ces deux principales mesures impliquent, par ailleurs, la formation et le recrutement de jeunes réunionnais diplômés, ce qui permettrait en outre de faire face au grave problème du chômage des jeunes à La Réunion. En effet, 30% de la population est sans travail dont 60% de jeunes.

Le calendrier climatique

C’est là encore un sujet de discorde. Les vacances d’été ici sont coupées et nous rentrons de plus en plus tôt en janvier alors la réalité climatique dicte un tout autre scénario. Forte chaleur (jusqu’à 40°), période cyclonique marquée par de fortes pluies, inondations, radiers submersibles, évacuations, écoles fermées plusieurs jours, de cours perturbés... voilà immanquablement, le lot des enfants réunionnais à chaque rentrée de janvier. Si on accumule toutes les semaines de cours perdus sur le parcours scolaire d’une dizaine d’années cela pourra se compter en mois.

À chaque rentrée de janvier des voix s’élèvent contre le calendrier qui ne tient pas compte de ces réalités climatiques pourtant les vacances se sont vu se raccourcir de plus en plus ces dernières années. Beaucoup sont nostalgiques des rentrées de mars comme par le passé et pour cause. La critique est que le calendrier tente à satisfaire les vacanciers qui souhaitent s’aligner sur le calendrier français plutôt que de rechercher la réussite éducative.

L’année prochaine, le calendrier sera à nouveau discuté et une décision sera prise pour les 4 ans à venir. Le recteur a annoncé qu’il y aura la plus large concertation avec les différents organismes concernés par ce sujet et même des universitaires. Cela est louable, mais comment croire que la neutralité sera de mise et que les décisions ne seront pas influencées par des considérations autres que la réussite des élèves ?
Programme de la visite

• Aujourd’hui

11h00 : visite de l’école Claire Henou et du collège Gaston Crochet à La Plaine-des-Palmistes sur le thème de « La liaison-école collège ».

14h30 : table ronde au Tampon, sur le thème de « L’illettrisme et de l’apprentissage du français en milieu créolophone ».

16h15 : échange entre la ministre, le personnel et les élèves au CALE de l’Entre-Deux.

• Demain

9h00 : visite de l’école maternelle Eugène Dayot au Port.

10h30 : présentation d’une classe pour l’inclusion scolaire (CLIS) à l’école de l’Ermitage.

14h00 : groupe académique de pilotage de l’éducation prioritaire.

15h30 : visite de l’école des Églantine sur le thème du « Programme éducatif global (PEG) ».
Une histoire en partage et à faire connaître

Très peu de réunionnais connaissent l’histoire de leur pays, fut-ce t-elle courte. C’est une demande forte de la population, connaître nôtre passé. Nous partageons une histoire riche et enrichissante. Cette histoire ne fait pas ombrage à celle de France mais la complète. Pourtant, moins d’une dizaine d’heures sont accordées à l’histoire régionale dans les programmes scolaires. A la fin très peu d’information sont traitées et se fixent dans la mémoire des élèves.

Le contenu des programmes mérite donc d’être revu, particulièrement pour les départements d’outre-mer. L’histoire originale de chacun de ces départements mérite d’avoir un tout autre éclairage.
L’embauche des réunionnais : le moratoire

Enfin, l’éducation c’est aussi le devenir des élèves que l’on forme. Or, actuellement l’horizon est cassé pour nos jeunes diplômés. Concurrencés par des embauches au niveau national, bon nombres de postes échappent aux jeunes réunionnais dans la fonction publique. Aussi, comme le préconise le dernier rapport de la cour des comptes, nous demandons que l’embauche dans l’éducation se fait selon les besoins des élèves, en fonction des compétences des enseignants et en respectant le recrutement de proximité, cela correspond à notre proposition du moratoire de l’embauche dans la fonction publique.


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