L’invité(e)

« A qui profite réellement cette crise du BTP ? »

Hermann Elise, président du syndicat Vigilance Terassiers Réunion

Céline Tabou / 31 août 2010

Le président du syndicat Vigilance Terassiers Réunion, et chef d’entreprise, Hermann Elise, revient sur son appel lancé samedi pour la reprise des chantiers.

Quelles sont les raisons de votre appel ?

- Nous avons un gros problème avec le Protocole Novelli. On nous avait promis que les commandes publiques commenceraient, Didier Robert avait promis 300 millions pour financer des chantiers, mais aujourd’hui, il n’y a pas de travail. Nous ne pouvons plus payer nos factures, et ces conditions sont dues au Protocole Novelli.
Je suis un chef d’entreprise et un syndicaliste, je ne comprends pas pourquoi depuis deux ans, les choses n’ont pas évolué. On est certes écouté, mais personne ne réalise les choses. Les gens sont sourds aux problèmes que nous rencontrons. D’autant plus que la population tombe dans la misère, on revient 40 ans en arrière. Je me demande à qui profite la dégradation de la situation à La Réunion ?
Il existe des projets et des financements, mais il y a une volonté de faire disparaître les 1.500 entreprises. Quand certains prennent la responsabilité d’arrêts des chantiers comme le tram-train, c’est qu’ils sont conscients de ce qu’ils font. Il y avait là la possibilité d’aider les entreprises, mais on fait marche arrière.

Quelle est la situation actuelle du BTP à La Réunion ?

- On est des morts-vivants. Nous sommes en pleine crise, et je ne pense pas que la situation va s’arranger. Il faut dès à présent trouver des solutions, l’heure n’est plus à tirer la sonnette d’alarme.
Lorsqu’une entreprise ferme, il n’y a aucune aide, ni soutien derrière. Je savais que le Protocole Novelli n’était pas une bonne chose pour La Réunion, c’est d’ailleurs pour cette raison que nous n’avions pas signé ce protocole. Cet accord est une bombe à retardement. Les 1.500 entreprises peuvent être aidées, il existe des solutions. Si pendant 1 an, l’État prend en charge sur le plan salarial, alors on pourrait s’en sortir. Car sans activités, nous ne pouvons pas payer de salaire, ni les factures, nous voulons simplement un délai. Une fois la reprise de notre activité, on pourra alors payer nos crédits, et les salaires.

La création du Conseil supérieur de la commande publique de La Réunion est-elle une bonne chose ?

- Ce Conseil arrive avec deux ans de retard. Cette cellule aurait dû être créée il y a deux ans. J’apprends aujourd’hui que ce Conseil supérieur de la commande publique est créé, mais en 2008, l’idée avait été lancée de créer une structure comme celle-ci, mais rien n’avait été fait. Ils le font maintenant, mais de qui se moque-t-on ? D’autant que même s’il y a des chantiers, il faudra attendre au moins deux ans avant de pouvoir commencer les chantiers, car il y a les études, et les appels d’offres. Maintenant, ils peuvent faire appel au SPLA, qui est une procédure rapide pour la mise en chantier. Mais je n’en entends pas parler. Je me demande à qui profite cette crise ?

Propos recueillis par Céline Tabou


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