L’invité(e)

« Arrêter de taper sur le monde agricole au moindre problème »

Jean-Yves Minatchy, président de la Chambre d’agriculture

Manuel Marchal / 16 novembre 2010

La semaine dernière, deux plaintes déposées par les usiniers et le Centre technique interprofessionnel de la canne et du sucre ont fait la "Une" de l’actualité. Elles accusent des planteurs d’avoir bénéficié de la complicité de techniciens du CTICS pour augmenter artificiellement la richesse de leurs cannes. Dans le système actuel, une part importante du revenu du planteur dépend de l’estimation de la richesse en sucre de ses cannes. Samedi dernier, la Chambre d’agriculture et la CGPER ont donné leur position sur cette question. Les précisions de Jean-Yves Minatchy, président de la Chambre consulaire et du syndicat.

Quelle est votre vision du problème ?


- Il faut que l’enquête se termine au plus vite. Si une fraude est vraiment avérée, alors il faut en tirer les leçons. Et si quelqu’un est vraiment arrivé à ce niveau-là, alors il faut sanctionner.
Mais il ne faut pas que cette affaire remette en cause la bonne image de la filière canne envers ses partenaires, notamment l’Europe. Car sur 4.000 planteurs, combien sont concernés ?
On assiste à une reprise de conscience des planteurs de la filière, une soixantaine de planteurs étaient d’ailleurs présents ce samedi sur l’exploitation de Bernard Maratcha lors de la rencontre avec les journalistes.
En plus, avec la Guadeloupe, La Réunion est la seule région européenne à produire du sucre de canne.
Il faut arrêter de taper sur le monde agricole au moindre problème. Toute l’économie est subventionnée, et nous devons produire pour être payés. Il faut avoir un minimum de respect pour les petits planteurs qui fournissent 85% de la production de cannes à La Réunion.

Quels sont les autres dossiers qui vous apparaissent prioritaires ?


- Après l’augmentation de la recette bagasse, nous travaillons à obtenir un revenu supplémentaire pour les planteurs à partir d’autres produits de la canne : les alcools et la mélasse.
Un autre dossier que nous comptons faire avancer est celui du versement d’une bonification aux planteurs si la production de sucre dépasse un certain seuil.
Nous devons aussi penser au prochain Règlement sucrier qui remplacera l’actuel à partir de 2014. En juin, je suis parti à Bruxelles rencontrer les présidents des Régions ultrapériphériques et les parlementaires européens. Si nous pensons que cela va passer, il nous faut proposer.
Nous constatons également que le seul secteur économique où il y a de la reprise d’activité, c’est l’agriculture. La filière canne est une tradition, elle a 200 ans d’existence, et elle est toujours là.

2010, une bonne campagne sucrière ?


- En tonnage, ce sera sans doute un léger mieux qu’en 2009. Mais en sucre produit, ce sera peut-être moins. La richesse de la canne à sucre monte en ce moment. Mais les planteurs du Nord et surtout de l’Est subissent cette année le contrecoup du mois de fermeture de l’usine de Bois-Rouge l’an dernier.

Propos recueillis par M.M.


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