L’invité(e)

« Ces trois ans sont les plus importants pour le devenir de La Réunion »

5 questions à… Yves Gigan, candidat aux élections cantonales à Saint-Benoît

Témoignages.re / 15 mars 2011

Pour Yves Gigan, candidat aux élections cantonales à Saint-Benoît, la résolution de la situation à La Réunion n’est pas de la seule responsabilité du Conseil général. Il estime que toutes les collectivités locales doivent travailler ensemble.

Ce mandat de conseiller général ne durera que 3 ans. Est-ce suffisant pour faire évoluer la situation sociale à La Réunion ?

- La Réunion connaît une situation sociale catastrophique comme jamais elle n’en a connue auparavant. Ce n’est pas la faute à la crise, c’est surtout à la faute au gouvernement UMP qui fait de la casse sociale tous les jours. En plus, le gouvernement ne respecte pas ses engagements en ne versant pas au Département les sommes qu’il devrait, au titre du transfert de compétences. Nous aurons à gérer un budget de rigueur. Cela ne veut pas dire qu’on ne fera rien, bien au contraire. Nous aurons une responsabilité encore plus lourde que nos prédécesseurs. Nous devrons à la fois gérer la crise et préparer l’avenir. Je crois que ces trois ans sont les plus importants pour le devenir de La Réunion.

Le Conseil général a-t-il les moyens financiers suffisants et les compétences juridiques nécessaires pour endiguer la montée du chômage, de la précarité et de la pauvreté à La Réunion ?

- Bien évidemment, non, le Conseil général n’a pas les moyens financiers de répondre aux besoins de tous les Réunionnais, que ce soit pour l’emploi ou le logement, les deux premiers problèmes dont on nous parle quand on fait du porte-à-porte. Mais ce sont des compétences de l’État. A La Réunion, tout le monde sait bien que les conditions sont différentes, parce que le chômage y est conjoncturel, parce qu’il y a un déficit d’équipement et surtout d’encadrement. Mais à l’UMP, ou à Objectif Réunion ou à La Relève, on ne veut pas entendre parler de ces spécificités. Regardez ce qui se passe pour le RSA : c’est difficile à mettre en place, parce que cela concerne aussi d’autres prestations qui n’existent pas ailleurs, en France. Il n’appartient pas au seul Conseil général de résoudre la situation. Ce sont toutes les collectivités locales qui doivent travailler ensemble. Mais cela suppose que les élus aient les mêmes priorités. Ce que disent mes adversaires de droite, à Saint-Benoît, montre bien qu’ils sont là pour défendre les idées de l’UMP et pas pour défendre les intérêts de la population de Bras-Fusil, de Sainte-Anne et de Beaufonds.

Il est généralement dit que le Conseil général devait s’occuper de cohésion sociale. Qu’est-ce que la cohésion sociale, selon vous ?

- C’est la base, le socle sur lequel doit se construire une société. La cohésion sociale, c’est un ensemble de paramètres : un mouvement associatif qui travaille avec et pour la population. Mais le gouvernement UMP a cassé ce mouvement. Regardez, la Direction départementale Jeunesse et Sport n’existe plus en tant que telle, on l’a unie à d’autres Directions qui n’ont pas du tout les mêmes préoccupations. La cohésion sociale, c’est une solidarité inter-générationnelle vraie, qui existe encore un peu, mais qui disparaît, parce que la manière de vivre n’est plus celle d’avant. La cohésion sociale, c’est aussi permettre aux habitants du canton de bénéficier des retombées économiques, professionnelles liées à l’implantation des zones industrielles ou artisanales. La cohésion sociale, c’est aussi refaire vivre les Maisons de quartiers, les MJC, les CASE. Il y a quelques années, ces structures proposaient des activités comme la gym. Les gens — souvent des femmes — y venaient, se rencontraient, discutaient. Il y avait du lien social. Les CASE ont fermé, et on va faire du sport dans les salles privées. Il faut payer, parfois cher. Ça exclut pas mal de monde, donc ça divise le quartier et ça détruit les liens et la convivialité qui existaient.

Il a souvent été dit que le cycle de 1946/la départementalisation arrivait à terme, qu’il fallait un autre mode de développement. Qu’en pensez-vous ?

- C’est vrai qu’on ne peut plus fonctionner comme ça ! Regardez notre société, les inégalités sont aussi profondes qu’avant. Peut-être plus même ! Croyez-vous que ce soit normal qu’il y ait de telles différences dans les revenus et les salaires ? En tant que syndicaliste, il est bien évident que je défendrai toujours les avantages acquis. Mais ça n’empêche pas de constater que les fonctionnaires sont plus payés que le personnel qui travaille dans les grandes surfaces. La vie est très chère à La Réunion, ceux qui sont aux minima sociaux sont en extrême difficulté. Il y a bien un Observatoire des prix et des revenus, mais quels pouvoirs il a ? Aucun : il ne peut pas sanctionner les abus de position dominante, les ententes illicites. La départementalisation a créé des liens entre La Réunion et la France, et ça nous a fait oublier qu’il y avait à côté de nous d’autres pays avec lesquels on pouvait se développer. Il faut voir le développement autrement, avec les autres pays, et pas seulement avec Paris ou l’Europe.

Quelles sont les trois propositions concrètes que vous souhaiteriez mettre en place en priorité si vous êtes élu ?

- Ce qui me tient le plus à cœur ? Mettre en place des agents spécialisés — monteur et accompagnateur de projets : Agent social - agent vie associative - agent économie - ou agents polyvalents. Ils seraient sur l’ensemble du Département (ou des territoires définis, ruraux comme urbains) et seraient chargés de faire émerger les projets des habitants ; tout cela entre dans le cadre de la démocratie participative.
La deuxième proposition, c’est de créer des comités populaires dans les quartiers, qui seraient chargés de la gestion des contrats aidés, en partenariat avec le Département et le Pôle Emploi.
La troisième proposition : créer avec l’ONF et des partenaires privés et les agriculteurs des postes pour l’aménagement de routes intermédiaires. On a gagné la bataille du littoral, à Saint-Benoît, allons gagner la bataille des Hauts, en construisant une route passant par le Chemin Morange / le Cap / le chemin de Ceinture, qui passe aussi par les voies cannières, pour développer la marche, le VTT, dans notre canton et dans notre commune.


Axel Kichenin et Marie-Pierre Hoarau sur le terrain

Quelques heures avant le meeting qui a rassemblé 300 personnes au rond-point de la Rivière des Pluies, Axel Kichenin et Marie-Pierre Hoarau étaient sur le terrain à la rencontre de nos aînés.
Le Conseil général est la collectivité chef de file en termes d’action sociale. Sont notamment concernés les plus âgés d’entre nous. Durant le prochain mandat des conseillers généraux, la population réunionnaise continuera de vieillir. Comment faire de ce changement démographique un gisement d’emplois, c’est un des défis posés au Conseil général.


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