L’invité(e)

« Chacun est en droit d’entrer dans son propre pays »

Olivier Bancoult, Président du Groupe Réfugiés Chagos

Céline Tabou / 31 janvier 2011

Président du Groupe Réfugiés Chagos, Olivier Bancoult lutte depuis 1983 au sein de son organisme pour le retour du peuple chagossien sur l’archipel des Chagos. Il était présent mardi à La Réunion et a animé une conférence au Port à l’invitation du Comité solidarité Chagos La Réunion. Entretien.

Pouvez-vous, en quelques mots, nous raconter votre parcours ?

- Je suis né en 1968 à Péros Banhos. J’ai quitté l’île avec mes parents pour des raisons médicales. Ma jeune sœur avait eu le pied fracturé, et le corps médical nous avait indiqué que pour mieux la soigner, il fallait aller à Maurice. Nous nous sommes rendus à Maurice, ma sœur a été admise à l’hôpital et est décédée deux mois plus tard. En juillet 1968, nous voulons retourner à Péros Banhos, mais les autorités mauriciennes nous disent que c’est impossible, l’île avait été prêtée aux Américains. Cet accord réalisé entre les gouvernements américain et anglais a eu lieu dès 1964, puis les Anglais ont marchandé avec Maurice pour abriter les Chagossiens.
La vie à Maurice était très difficile, parce que les niveaux de vie n’étaient pas les mêmes, les emplois dans les Chagos n’étaient pas les mêmes qu’à Maurice. L’adaptation a été très dure, mais mon engagement a réellement débuté dans les années 1980. A ce moment, mon fils me demandait de situer Péros Banhos, mais comme les 64 îles étaient trop petites, c’était difficile de le lui montrer. C’est à partir de là que j’ai pris conscience que, nous, Chagossiens, avons le droit de retourner sur nos terres, et qu’il fallait se battre pour cela. Parce qu’en tant que natifs, nous n’avons pas le droit d’avoir accès aux différentes îles qui composent l’archipel, notamment Péros Banhos.

Pouvez-vous retracer votre combat ?

- Un jour, j’étais à une conférence internationale organisée par l’ONU à Maurice, et j’ai lu la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 stipulant que chacun est en droit d’entrer dans son propre pays. Alors je me suis posé la question : pourquoi, nous, Chagossiens, n’avons pas le droit de retourner dans notre pays ? Une loi a été votée, puis éditée en 1971, indiquant que nul n’a le droit d’entrer dans l’Archipel des Chagos, sauf les soldats américains et britanniques. Même pas les natifs.
C’est alors que nous avons démarré des batailles juridiques, en 1997. Nous avons remporté quelques victoires, notamment à la Haute Cour de Londres, qui reconnait que le sort réservé aux Chagossiens était anti-constitutionnel, et inacceptable. Nous sommes considérés comme des travailleurs contractuels par le gouvernement britannique, de fait, nous n’avons pas le droit de vivre sur nos terres. Quelques années plus tard, nous avons porté plainte contre l’ordonnance de la reine, qui interdit aux natifs d’entrer dans les îles, et réserve les droits de passage à l’armée américaine et anglaise.

Quels sont les perspectives et les grands rendez-vous à venir ?

- Nous avons également porté notre voix à la Cour européenne des droits de l’Homme, pour discuter du droit des Chagossiens. En 2002, nous avions un passeport pour les habitants d’Outre-mer britannique, aujourd’hui nous avons un passeport anglais, donc européen, nous permettant de nous rendre dans l’espace européen. Avec les révélations de Wikileaks, nous aurons des arguments supplémentaires à charge contre le gouvernement britannique. Nous irons jusqu’au bout, et ferons en sorte que le peuple chagossien retourne dans son territoire.

 Propos recueillis par Céline Tabou 


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