L’invité(e)

Des cyclones moins nombreux mais de plus intenses

Philippe Caroff, chef prévisionniste “cyclone” à Météo France

Sophie Périabe / 18 novembre 2010

Jusqu’à samedi, plus de 120 experts issus de 40 pays participent à la principale Conférence mondiale en matière de cyclones tropicaux, qui se déroule actuellement dans notre île, en partenariat avec l’OMM (Organisation météorologique mondiale). Entretien avec Philippe Caroff, chef prévisionniste “cyclone” à Météo France sur les enjeux de ce 7ème Atelier international sur les cyclones tropicaux (IWTC-VII).

C’est la 1ère fois que La Réunion accueille une Conférence internationale sur les cyclones tropicaux. Pourquoi notre île a-t-elle été choisie et quelles seront les retombées ?

- C’est même la 1ère fois que cet atelier est organisé dans l’océan Indien. Il a lieu tous les 4 ans, la dernière fois, c’était en 2006 au Costa Rica.
La Réunion a été choisie car nous étions candidat pour accueillir la conférence.
Il faut savoir que cela nécessite une très grosse organisation, ainsi qu’un investissement financier important, que de faire venir à La Réunion 40 pays des 4 coins du globe. Pour nous, c’est une reconnaissance mondiale de notre capacité à organiser un tel évènement. C’était aussi une volonté de mettre un coup de projecteur sur la zone océan Indien. Ainsi, 11 participants venus de Madagascar, de Maurice, du Mozambique, d’Afrique du Sud, des Comores, des Seychelles, de Tanzanie, du Zimbabwe sont présents. Ils peuvent ainsi s’exprimer et échanger avec le reste de la communauté mondiale.
Il n’y a pas de retombées directes à attendre, il s’agit plus d’une reconnaissance, d’un investissement humain et financier, plus qu’autre chose.

Quels sont les principaux objectifs de cette conférence ?

- Il faut savoir qu’il s’agit de la plus grande Conférence mondiale sur les cyclones. L’objectif est de faire l’état des lieux des connaissances en la matière, voir les avancées depuis 4 ans, comment la science a progressé.
Ensuite, cette conférence trace les perspectives pour la suite, les priorités en terme de recherche.
Enfin, des recommandations finales sont émises en direction de l’Organisation météorologique mondiale.
Lors de ce 7ème atelier, nous allons davantage nous pencher sur des sujets qui posent problèmes, notamment la question de l’intensité des cyclones.

Justement, est-ce que les connaissances sur les cyclones ont avancé ces dernières années ?

- Les connaissances avancent de façon régulièrement. Ces dernières années, nous avons fait un bon en avant dans le domaine des prévisions de trajectoire. Lors de cette présente session, ce sera donc un sujet dont nous allons peu parler. Non pas que ce problème soit résolu mais il ne s’agit plus d’une priorité. Cette année, les efforts seront concentrés sur l’intensité des cyclones.

Une session spéciale est dédiée à la question de l’impact potentiel du réchauffement climatique sur l’activité cyclonique, où en sont les débats aujourd’hui ?

- En 2006, les débats étaient particulièrement houleux au sein de la communauté scientifique sur ce sujet.
Certains disaient que le réchauffement climatique a déjà un impact sur l’activité cyclonique et d’autres non.
Aujourd’hui, il y a plus de consensus même si nous n’avons aucune certitude. C’est d’ailleurs le plus gros débat.
Par contre, ce dont nous sommes sûrs, c’est que depuis la fin des années 1970, nous assistons à une baisse de l’activité cyclonique à l’échelle mondiale. Contrairement à ce que l’on pense, la tendance est à la baisse à l’exception de la région de l’Atlantique Nord. Mais cela fait partie d’un cycle naturel.
Actuellement, nous travaillons sur des modèles climatiques afin de prévoir l’activité cyclonique dans un monde chaud. Le problème est que ces modèles numériques ne sont pas les mêmes utilisés dans le cadre de la prévision de la météo quotidienne. Le modèle est donc plus grossier. Néanmoins, nous arrivons à une tendance assez nette.
À la fin du 21ème siècle, il n’y aura pas forcément plus de cyclones, peut-être même moins à l’échelle mondiale, mais l’intensité de ces phénomènes sera plus élevée et c’est ce qui cause le plus de dégâts et de victimes.
Autre certitude, dans une atmosphère plus chaude et donc plus humide, les précipitations seront également plus importantes.

Certaines régions du monde seront-elles plus exposées que d’autres ?

- L’impact du réchauffement climatique ne sera pas le même pour toutes les régions du monde. Cela reste d’ailleurs un sujet de recherche.
Néanmoins, quelle que soit l’évolution de l’activité cyclonique, l’impact des cyclones va augmenter pour les populations vivant sur les zones côtières.
Ces zones sont d’ailleurs naturellement très exposées aux risques cycloniques, d’autant plus que le niveau de la mer va augmenter du fait du réchauffement climatique.
Par exemple, une hausse de 50 cm amplifie le risque de marée de tempête liée aux cyclones. C’était le cas en Louisiane notamment.
C’est un peu comme un tsunami, vous avez des vagues qui peuvent atteindre 8, 10 m et ça fait énormément de dégâts. Les régions du Bangladesh, du Golfe du Mexique sont particulièrement exposées.
À la Réunion, nous sommes moins exposés car les fonds marins sont rapidement très profonds à proximité des côtes.

 Propos recueillis par Sophie Périabe 


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