L’invité(e)

Faire front contre des mesures menaçantes

Camille Maillot, présidente de l’UNEF-Réunion

Témoignages.re / 28 août 2010

Camille Maillot, présidente de l’UNEF-Réunion, fait état des prochaines luttes qui concerneront les étudiants réunionnais.

Les reculs du Gouvernement au sujet de l’interdiction de cumul entre la demi-part fiscal et les APL ainsi que l’obtention de bourse versée sur neuf mois et demi montrent que la lutte paye. Quel est votre point de vue ?

— L’UNEF Réunion ne peut que se féliciter aujourd’hui du rétropédalage de Nicolas Sarkozy qui renonce à baisser les aides au logement et aux parts fiscales. Il s’agit d’un recul très net du gouvernement sous la pression des étudiants mobilisés depuis plusieurs semaines contre cette mesure injuste. Ce recul en rase campagne de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement est une victoire de plus pour les étudiants et l’UNEF. Il démontre que malgré les difficultés, l’action collective finit par payer et qu’elle est source de toute victoire
Ce recul du gouvernement n’est pas sans rappeler les échecs successifs de François Fillon en 1994, de Luc Ferry en 2004 et de Christine Boutin en 2008 sur de précédentes tentatives de baisser des aides au logement étudiant. Une nouvelle fois les étudiants ont su s’organiser et défendre leurs droits. l’UNEF reste vigilante et mobiliser jusqu’à la fin du débat budgétaire.
Valérie Pécresse a également annoncé le financement et le versement du dixième mois de bourse réclamé par l’UNEF depuis 2004, pour l’ensemble des boursiers en deux temps : une demi-mensualité dès septembre 2010 et la seconde en septembre 2011. Nous pouvons alors nous demander quelle confiance ce gouvernement éprouve face à son propre système d’Enseignement supérieur. Dans un contexte difficile pour les étudiants, il s’agit d’une bonne nouvelle pour les boursiers dont la bourse est revalorisée de 6%. Cette mesure nous tenons à souligner n’est pas une faveur elle vient réparer une injustice soulignée par l’UNEF depuis plus de 5 ans : celle qui consistait à faire travailler les étudiants sur dix mois tout e continuant de verser les bourses sur neuf mois uniquement. L’UNEF Réunion regrette une demi-mesure et exige le versement sans condition de l’intégralité du dixième mois pour tous le s boursiers.
Si l’UNEF se félicite que le pire ait été évité, le recul du gouvernement sur les aides aux logements ne règle en rien la situation sociale de l’étudiant, particulièrement dégradée en cette rentrée. Nous attendons désormais du gouvernement une politique sociale à la hauteur des enjeux, afin d’améliorer leur condition de vie.

Quels seront les combats décisifs pour l’UNEF au cours de l’année qui s’engage ?

— Les enjeux pour cette rentrée 2011 se situent à plusieurs niveaux. Quand on constate que le gouvernement Sarkozy a choisi d’aggraver la situation en faisant le choix de mettre en concurrences les universités et en augmentant la sélection à l’entrée des universités (il est aujourd’hui question de quotas, de seuils planchers et de seuil de rentabilité…), termes qui ne devraient pas exister dans l’Enseignement supérieur. Faut-il rappeler encore une fois que l’Enseignement supérieur est un service public l’UNEF rappelle son engagement à la démocratisation de l’Enseignement supérieur qui demeure une priorité.
Les annonces électoralistes de la ministre, Valérie Pécresse, ont fait la preuve de leur inefficacité.
Le dernier exemple en date et de l’échec du plan réussir en licence qui a comme bilan la seule construction d’un kiosque en fac de droit et quelques modules de formation en marge. Aujourd’hui les fonds ont été dissimulés dans ceux des UFR et cela est dû à un manque criant de dotations suffisantes de l’Etat. L’avenir n’est pas plus encourageant avec le passage de l’université en autonomie renforcée en janvier 2011, qui aura pour conséquences de dégrader notre université et freiner son développement avec la suppression des budgets fléchés et la dotation globale en fonction de critère de rentabilité (nombre d’étudiant, taux de réussite…). L’UNEF-Réunion restera très vigilante sur cette question puisque notre université doit aujourd’hui bénéficier de moyens suffisants pour permettre l’accès et la réussite de tous dans l’Enseignement supérieur. Au contraire elle ne doit pas souffrir d’un manque de dotation sous couvert d’une politique d’économie.
Cette année l’ouverture de l’UFR Santé et des écoles d’ingénieurs sont d’ailleurs de bons exemples en la matière. L’UNEF Réunion se félicite de l’ouverture de ces formations mais déplore le manque de moyens financiers et humains avec lequel se sont faites ces ouvertures, en dépouillant les autres facultés. C’est bien la preuve d’un manque de volonté de la part de Valérie Pécresse de prendre ne compte nos spécificités et le développement de notre université. L’UNEF Réunion et tous les étudiants de l’université de la Réunion sont aujourd’hui inquiets de l’avenir de leur université dans ces conditions inacceptables de mise en concurrence des établissements. Notre université n’est comparable à aucune autre, il est aujourd’hui grand temps que notre ministre de l’Enseignement supérieur en prenne conscience. Elle doit faire l’objet d’une dotation suffisante pour diversifier sa carte de formation et arriver à répondre à toutes les attentes des étudiants et continuer à être le moteur du développement de l’île de la Réunion.
Nous demandons pour cette nouvelle année universitaire le versement entier du dixième mois de bourse, la revalorisation de 10% du montant des bourses pour que la précarité étudiante régresse quelque peu, la création de 50 000 aides de FNAU annuelles, l’accélération des constructions de logements sociaux étudiants CROUS afin de respecter les engagements de l’État dans le cadre du "Plan Anciaux" datant de 2004, ainsi que la revalorisation de 10% des aides au logement (APL, et ALS)dès janvier prochain.

- L’UNEF sera présente au rendez-vous du 7 septembre. Quels sont pour vous les enjeux de ces manifestations ?

— Évidemment l’heure est à la mobilisation, à l’action, nous continuerons à nous organiser pour que les jeunes soient massivement présents en tête de cortège le 7 septembre 2010 car nous sommes les premiers concernés par cette réforme, et si rien n’est fait pour stopper cette réforme brutale nous deviendrons très rapidement les premières victimes d’un système de retraite inadapté. Nous exigeons une retraite à 60 ans pour tous à un niveau suffisant pour vivre correctement, la comptabilisation des années d’études dans l’Enseignement supérieur et des périodes de stages dans le calcul pour les annuités de retraite, de même les périodes d’inactivités forcées ne doivent aucunement pénalisées un individu dans le calcul de ses années de retraites. Nous exigeons un vrai débat autour de la refonte de ce système auquel nous tenons parce qu’il véhicule des valeurs fortes de solidarité intergénérationnelle et d’entraides que ce gouvernement combat depuis maintenant quelques années.
C’est ensemble, dans un mouvement solidaire et en faisant front que nous réussirons à faire de nouveau flancher ce gouvernement irresponsable.
Aujourd’hui à la veille de la réforme de ce système datant de 1945, nous devons faire face à nos responsabilités, nous ne laisserons pas le gouvernement sacrifier les étudiants et la jeunesse sur l’autel du plan de rigueur.
Pour le gouvernement la chasse aux jeunes est ouverte ! Nous ne nous laisserons pas faire !!! L’UNEF Réunion aux côtés des étudiants en masse fera front contre ces mesures menaçantes.


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