L’invité(e)

« Je souhaite que d’autres personnes continuent ce travail de mémoire à Sainte-Suzanne »

Bernard Batou, auteur du livre "Les chemins du souvenirs", dédié à Sainte-Suzanne

Témoignages.re / 14 août 2009

Passionné par l’histoire de Sainte-Suzanne, Bernard Batou est allé à la rencontre des habitants de la commune qui ont quelque chose à transmettre aux jeunes générations : un « patrimoine culturel immatériel ». Un livre est né de ces rencontres, "Les chemins des souvenirs", publié chez Océan Edition.

Comment a germé l’idée de ce livre sur Sainte-Suzanne ? Comment as-tu travaillé ?
— Ce livre est le quatrième que je réalise sur l’histoire et les mémoires vivantes de la commune. Il y a eu "Mémwar Gramoun" en 1999, "Sainte-Suzanne la Vie des Vies" en 2001, "Mémwar la Vie" en 2005, maintenant "Les chemins des souvenirs". J’ai commencé ce travail de mémoire en 1996 lorsque j’étais directeur de la Communication à la Mairie de Sainte-Suzanne. Je me suis intéressé à l’histoire de cette commune du Beau Pays à travers des recherches iconographiques, les documents d’archives, en répertoriant et valorisant le patrimoine historique de Sainte-Suzanne (une véritable richesse) et en mettant l’accent sur la collecte des mémoires vivantes des différents quartiers.
Ce travail de mémoire était indispensable et fondamental car Sainte-Suzanne a joué un rôle important dans l’histoire de La Réunion au niveau politique, culturel, historique et social.

Je suis ainsi allé à la rencontre des personnes âgées, j’ai passé des heures et des heures à les écouter, à les comprendre, à les enregistrer. Elles parlaient de tout, de leur enfance, de leurs conditions de vie, des périodes de la guerre, de la famine, du travail de leurs parents dans les champs de cannes, dan’ bitasyon… Leurs témoignages souvent émouvants et riches me faisaient découvrir une belle page de l’histoire de notre pays, de notre commune. Que de souvenirs, que de luttes, quel courage ! Ces personnes étaient, je crois, dans l’attente de nous faire partager leur vécu, elles attendaient cette opportunité et n’ont eu aucun mal à me raconter leur histoire, leur propre histoire.

Que raconte ce livre ?
— Les nombreuses personnes interviewées évoquent leurs souvenirs d’enfance, des coutumes, des anecdotes, des traditions : l’époque de la MJC avec son orchestre "Les Flèches", les kermesses au centre-ville, l’inauguration du Bocage en 1957, l’équipe de football La Bourbonnaise, les activités de pêche à la rivière, l’école marron, les séances de cinéma à Village Desprez, la victoire de Lucet Langenier comme maire en 1980, les conditions de vie des familles à l’époque, le travail dans les champs de cannes, le rôle des parents dans l’éducation des enfants, les services kabaré, la disparition du Père Antoine, la vie de l’ancien gardien du cimetière, le témoignage du fils du dernier gardien du Phare de Bel Air…

Ce livre, c’est aussi un hommage à plusieurs hommes qui ont marqué l’histoire de la commune. Lucet Langenier, bien sûr, qui a marqué la vie politique, sociale et culturelle de Sainte-Suzanne et de La Réunion ; Maurice Estève, l’ancien receveur qui nous a laissé des milliers de photos lontan ; le Père Antoine qui a joué un rôle important auprès de la population et un jeune qui mérite une reconnaissance communale, Damien Aupiais, jeune musicien et chanteur du groupe Renésens qui nous a quittés beaucoup trop jeune.
Des scènes de vie, l’histoire d’une époque, d’un quartier racontée par celles et ceux qui l’ont directement vécue, racontée avec beaucoup de fierté mais aussi un brin de nostalgie.

Pourquoi est-ce le dernier livre de ta collection d’ouvrages sur Ste-Suzanne ?
— Après 13 années consacrées à la valorisation des mémoires vivantes de cette commune (ouvrages, recherches, projets culturels), j’ai décidé de refermer cette collection pour me consacrer à d’autres tâches et à d’autres projets qui me passionnent (le grand projet du Tram-train, les poèmes, l’écriture des textes pour les artistes et la musique). Ecrire des textes engagés me tente. Je vais poursuivre activement mon travail de bénévole au sein de l’Association Ville Animée pour dynamiser la culture dans cette commune.

Je souhaite que d’autres personnes continuent ce travail de mémoire à Sainte-Suzanne et qu’il soit intégré dans la politique culturelle de la ville. Si chaque commune de l’île pouvait embaucher au moins deux jeunes pour travailler sur la mémoire réunionnaise, ce serait un grand pas de géant.
Je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont aidé et soutenu pour ce travail. J’ai pu éditer mes livres grâce au soutien financier de la Région Réunion, une collectivité qui valorise le savoir-faire, l’histoire, la culture réunionnaise.

Entretien : Edith Poulbassia


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