L’invité(e)

L’immigration dans la littérature

Natasha Lavigilante, doctorante

Témoignages.re / 14 juin 2011

Natasha Lavigilante est doctorante au Centre de recherches littéraires et historiques de l’océan Indien. Elle a choisi comme sujet de thèse : La "transtextualité" et la révision identitaire dans les romans de Bharati Mukherjee. Elle a suivi sa formation à l’Université de La Réunion, en littérature anglo‐indienne.

Pourriez-vous nous parler de votre parcours d’étudiant et de chercheur, et de vos motivations et intérêts ?

- Après un Bac littéraire à l’île Maurice, j’ai choisi de poursuivre mes études en Langues, Littératures et Civilisation étrangères, spécialité Monde anglophone, à l’Université de La Réunion. Seule université française et européenne de l’océan Indien, elle est financièrement plus abordable qu’une université anglo-saxonne et propose presque les mêmes formations. Ce choix économique m’a permis d’améliorer mes connaissances dans la langue et la société françaises, de maintenir un excellent niveau d’anglais tout en m’initiant à la langue créole réunionnaise.

Au fil des années, le cadre pluriculturel de la société réunionnaise se reflétant au sein de l’Université m’a incitée à porter une attention particulière à l’évolution de l’immigration dans les sociétés. Ainsi, passionnée par la lecture et l’imagination incommensurable des écrivains, j’ai choisi, durant mon cursus de Master, d’étudier l’espace migratoire et la représentation de l’immigration dans les romans anglo-indiens. J’ai alors découvert différents types d’immigrations à travers des représentations culturelles, sociales, politiques et historiques, des points de vue qui divergent et des raisons diverses qui poussent à un tel choix de vie.

Dans ma thèse de Doctorat, j’ai choisi de me spécialiser dans l’étude de la représentation de l’immigration contemporaine dans les œuvres littéraires anglo-américano-indiennes. Ma thèse tourne principalement autour des identités nationales ou transnationales que portent les immigrants et qu’ils transmettent dans la société. Cette étude a pour objectif d’analyser la transmission des valeurs morales, culturelles, sociales et historiques qui façonnent les comportements des immigrants, mais aussi des citoyens du pays d’accueil de la fin du XXème et au début du XXIème siècle.

Qu’est-ce que la "transtextualité" ?

- La “transtextualité” signifie la reprise des textes antérieurs dans les romans contemporains. Les textes qui sont repris n’offrent qu’une seule vision dominante du monde et proviennent en majeure partie de la période coloniale. Le but des écrivains contemporains est de les réactualiser avec, d’une part, de nouvelles visions du monde et, d’autre part, les voix de ceux qui ont été exclus de l’Histoire, tels que les esclaves, les colonisés, les femmes, les homosexuels ou certaines catégories d’immigrants.

Lors du Forum des Jeunes chercheurs du mercredi 18 mai, vous avez présenté comme sujet : "Le transnationalisme : nouvelle étape de la littérature de l’immigration", pourriez-vous nous en parler ?

- Mon sujet de thèse est en lien direct avec la thématique “Au-delà des frontières culturelles, économiques et territoriales” choisie pour cette 4ème édition du Forum. J’ai donc présenté dans de grandes lignes l’évolution de l’immigration en relation avec la migrance littéraire.

Premièrement, l’immigration traditionnelle qui mène soit à une marginalisation dans le pays d’accueil, où les immigrants s’efforcent de préserver leur identité ethnique, soit à une assimilation, c’est-à-dire à l’abandon de la culture d’origine, pour adopter les critères identitaires et culturels du pays d’accueil.
Deuxièmement, l’immigration contemporaine qui permet l’émergence de nouvelles communautés immigrantes, composées de citoyens du monde. Cette immigration contemporaine correspond au transnationalisme, par la capacité des immigrants à s’intégrer dans le pays d’accueil tout en maintenant de multiples liens sociaux avec leurs pays d’origine. Ils construisent des sphères sociales qui traversent les frontières géographiques, culturelles et politiques.
L’émergence du transnationalisme dans la littérature légitimise l’expression de loyauté des immigrants envers leur pays d’origine, tout en étant membres de la nation d’accueil. Ainsi, les écrivains, libérés de la politique d’une fidélité unique envers une seule nation, commencent à chercher de nouvelles façons de réfléchir aux relations entre “l’ici” et “l’ailleurs”. L’émergence des romans dits transnationaux ouvre alors les frontières nationales, qui caractérisent les canons littéraires et participent donc à la fusion des cultures afin de donner de nouvelles représentations des sociétés du XXIème siècle.


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